
L’impensable est devenu réalité. Ahmed al-Charaa, ancien chef de guerre djihadiste devenu président intérimaire de la Syrie, a été reçu le lundi 10 novembre 2025 à la Maison-Blanche par le président américain Donald Trump. Cette visite, qui est la première d’un chef d’État syrien depuis l’indépendance du pays en 1946, consacre un bouleversement géopolitique majeur et soulève la question de la reconnaissance du nouveau régime syrien post-Bachar al-Assad.
Il y a quelques jours encore, son nom figurait sur la liste des cibles du Département d’État américain, et sa tête valait dix millions de dollars. Aujourd’hui, Ahmed al-Charaa est au cœur de la diplomatie mondiale. Son arrivée à Washington intervient après que l’offensive menée par son groupe a renversé le régime de Bachar al-Assad le 8 décembre 2024, et suite à son retrait de la « liste noire des personnalités désignées comme terroristes » par les États-Unis.
Objectifs de la rencontre : « Paix dans le monde » et reconstruction
Selon la Maison-Blanche, cette initiative s’inscrit dans le cadre des efforts du président Donald Trump pour la « paix dans le monde ». Les discussions entre les deux dirigeants sont axées sur trois priorités :
Lutte contre le groupe État islamique (EI).
Reconstruction du pays après des années de conflit.
Perspectives de normalisation régionale, notamment avec l’intégration potentielle de Damas aux Accords d’Abraham.
Cette visite intervient dans un contexte diplomatique inédit, marqué par la levée partielle des sanctions américaines contre la Syrie, un signal fort de la volonté de Washington de travailler avec le nouveau pouvoir.
Reconnaissance ou pragmatisme ? La question de la légitimité
La présence d’Ahmed al-Charaa à la Maison-Blanche est largement perçue comme un acte de reconnaissance de facto de la légitimité du nouveau régime. En retirant le président intérimaire de sa liste antiterroriste et en le recevant au plus haut niveau, les États-Unis envoient un message clair sur leur intention de tourner la page de l’ère Assad et d’établir une relation pragmatique avec les nouveaux dirigeants de Damas.
Toutefois, ce rapprochement divise profondément la classe politique, notamment en France.
Opinions contrastées
Critiques de l’extrême droite : La rencontre est vivement dénoncée. Marine Le Pen, cheffe des députés du Rassemblement national, a exprimé son désaccord, estimant que cette visite pourrait plonger les Français dans la perplexité en raison des positions islamistes et des actions inquiétantes du président syrien contre les minorités alaouite et druze. De son côté, Eric Ciotti de l’Union des droites pour la République a qualifié la visite de « grave erreur » et de « scandale ».
Accueil nuancé au centre et à gauche : Ces camps adoptent une position plus mesurée. Charles de Courçon du groupe Liot a estimé que le passé de violences ne devrait pas être un facteur excluant dans ce contexte, soulignant l’importance de se tourner vers l’avenir et de chercher à rétablir la paix civile dans une région marquée par une grande diversité ethnique et religieuse. À gauche, des députés comme Bastien Lachaud de La France insoumise suggèrent que cette rencontre pourrait être constructive, à condition de garantir une transition démocratique en Syrie et le respect des droits humains.
En dépit des controverses, la visite d’Ahmed al-Charaa à Washington symbolise un bouleversement historique et marque le retour de la Syrie sur la scène diplomatique internationale, mettant fin à son long isolement. Reste à savoir si ce geste américain sera suivi par d’autres puissances occidentales.
La Rédaction


