
Alors que les projecteurs sont braqués sur les 2,5 tonnes de stupéfiants incinérées en grande pompe à Douala, une question dérange : cette mise en scène spectaculaire n’a-t-elle pas servi à noyer une décision précipitée dans le dossier explosif opposant le Port Autonome de Douala (PAD) à la SGS ? Ce d’autant plus qu’en dehors de la vaste opération médiatique sur la saisie, des zones d’ombres demeurent sur la provenance exacte et la destination de ces produits.
Un coup d’éclat à 50 milliards : Le show de la tolérance zéro
Le 24 février 2026, le décor était planté pour une démonstration de force de l’État. Sous le regard des caméras et la supervision directe du gouverneur de la région du Littoral, et de ses collaborateurs, 2 491 kg de drogue (cocaïne et tramadol) ont été saisie et réduits en cendres par la suite.

Avec une valeur marchande estimée à 50 milliards de FCFA, l’opération est, sur le papier, un succès historique pour la Direction Générale des Douanes. Pourtant, derrière les déclarations martiales et les images fortes, le timing de cette communication « offensive » interroge les observateurs les plus avertis.
Le dossier SGS : L’urgence étouffée par le scandale
Au moment précis où l’opinion publique s’indignait devant les millions de comprimés de tramadol, un autre dossier, autrement plus stratégique pour l’économie nationale, brûlait les doigts des décideurs : le contrat liant le Port Autonome de Douala à la société SGS.
Ce conflit, aux ramifications juridiques et financières complexes, porte sur la gestion des flux et la souveraineté des contrôles portuaires. En saturant l’espace médiatique avec la lutte contre les stupéfiants, le gouvernement semble avoir réussi un tour de force :
Diluer l’attention portée aux enjeux économiques du PAD
Étouffer le débat sur les responsabilités institutionnelles dans le contrat SGS.
Créer un climat de « cafouillage » propice à des prises de décisions hors de tout contrôle citoyen.
« Pendant que le peuple comptait les kilogrammes de cocaïne, les décisions critiques sur le Port de Douala passaient sous les radars », confie un analyste économique sous anonymat.
Des zones d’ombre qui trahissent la diversion
Si la saisie est réelle, le traitement de l’enquête soulève des doutes sur la finalité réelle de cette communication :
Silence sur les réseaux : Aucune annonce majeure sur les destinataires ou les complices locaux.
Impunité logistique : Aucune sanction n’a été évoquée contre les transporteurs ou les lignes logistiques impliquées.
Précipitation administrative : Dans la foulée de cette agitation, certaines décisions du ministère des Finances sur le dossier SGS ont été qualifiées de confuses par les acteurs du secteur, renforçant l’idée d’une gestion dans l’urgence, à l’abri des regards critiques. Une manière de « noyer le poisson ».
Une stratégie de l’émotion contre la raison
L’instrumentalisation de la sécurité publique pour couvrir des dossiers économiques sensibles est une vieille recette de communication politique. En privilégiant l’effet d’annonce de la « guerre contre la drogue », les autorités ont manifestement cherché à reprendre le contrôle de l’agenda public.
Reste à savoir si cette victoire opérationnelle suffira à masquer durablement les fragilités d’une gouvernance économique aujourd’hui sous haute tension. Le peuple camerounais, de moins en moins dupe, attend désormais des réponses aussi claires sur le contrat SGS que celles données sur le tonnage de la drogue.


