Alors que le Cameroun assiste à un renouvellement inédit à la tête de ses institutions parlementaires, une voix dissonante s’élève pour recentrer le débat sur les véritables priorités nationales.
Le 17 mars 2026 marque un tournant institutionnel avec le remplacement de Cavaye Yeguié Djibril par Théodore Datouo à la tête de l’Assemblée nationale. Au Sénat, Marcel Niat Njifenji cède également son fauteuil au Lamido Aboubakary Abdoulaye. Deux figures issues du sérail, jusque-là vice-présidents, accèdent ainsi aux plus hautes fonctions parlementaires.
Un « sang neuf » ? La question était au cœur du débat de l’émission Arrêt Majeur sur Vision 4. Mais pour Eric Ngueguim, président du Parti Écologique Camerounais (PEC), le véritable enjeu est ailleurs.
Face à ce qu’il considère comme une focalisation excessive sur des ajustements institutionnels, l’opposant dénonce une diversion politique. « L’utile est menacé par l’insignifiant », a-t-il lancé, résumant ainsi sa lecture critique de l’actualité.
Derrière cette formule, une inquiétude majeure : le report des élections législatives et municipales, pourtant essentielles au fonctionnement démocratique et à la gouvernance de proximité.
Pour Eric Ngueguim, ces scrutins concernent directement la vie des citoyens. « Un élu local est là pour résoudre les problèmes concrets des populations », rappelle-t-il, regrettant que de nombreuses préoccupations restent sans réponse sur le terrain.
Il fustige ainsi un décalage entre les priorités politiques affichées et les attentes réelles des Camerounais. Pendant que les institutions centrales se réorganisent, les collectivités locales, elles, continuent de fonctionner sans renouvellement démocratique, dans un contexte où les défis sociaux et économiques persistent.
Dans une critique plus globale du système, l’opposant évoque une « chaise musicale » au sommet de l’État, où les changements de postes ne traduisent pas nécessairement une rupture dans la gouvernance. Une situation qui, selon lui, entretient l’immobilisme plutôt qu’elle ne favorise le progrès.
Dès lors, Eric Ngueguim interpelle directement le président Paul Biya :
« Il doit programmer le plus rapidement possible les élections législatives et municipales pour que nos populations soient administrées par des responsables porteurs de nouvelles visions. »

Il appelle à l’organisation rapide des élections reportées, condition indispensable, selon lui, pour insuffler « de nouvelles visions » et permettre l’émergence de responsables politiques capables de répondre efficacement aux besoins des populations: .
Au-delà de la polémique, cette sortie médiatique remet en lumière une problématique centrale : celle de la légitimité des institutions locales et de leur capacité à porter le développement à la base.
Dans un paysage politique marqué par des changements au sommet, la question posée par Eric Ngueguim reste entière : le Cameroun est-il en train de réformer l’essentiel ou de se distraire avec l’accessoire ?
Martin Donald Ngane



