Depuis le 18 octobre 2026, Sa Majesté Georges Marcel Mandoh fait l’objet d’un lynchage sur les réseaux sociaux, sur la seule base d’une réaction jugée excessive face à un gendarme qui, selon les interprétations précoces de certains internautes et lanceurs d’alerte visiblement en quête de sensationnel, ne voulait apparemment qu’une chose : contrôler le véhicule.
Si la face visible de l’iceberg a fait l’objet d’interprétations et de commentaires erronés, la face cachée, c’est-à-dire la scène ayant précédé ce mouvement de colère de l’édile municipal, ne semble pas avoir intéressé ces commentateurs d’un autre genre.
La rédaction de Kamer Infos Plus est allée à la rencontre du premier magistrat de la ville de Ntui et chef traditionnel de 3ᵉ degré de cette localité afin de recueillir sa version des faits, que voici dans son intégralité :
» Bonjour,
J’étais en partance pour [Tombesa], où je me rendais pour assister aux obsèques de mon beau-père.
À mon arrivée au poste de contrôle de Batchenga, où je passe au moins quatre à cinq fois par semaine, les éléments de la police et de la gendarmerie me connaissent. Je ne voulais même pas invoquer cette circonstance comme un quelconque privilège, puisque, normalement, je suis une personne connue à ce poste de contrôle.
Comme tout le monde, je marque l’arrêt au niveau de la barrière de Batchenga.
Un gendarme s’approche alors de notre véhicule et demande que le dossier lui soit remis. Je suis d’abord surpris, parce que le véhicule est estampillé Commune de Ntui. Mais c’est moi-même qui demande à mon chauffeur de s’exécuter. Celui-ci remet donc les documents au gendarme, qui nous demande ensuite d’aller stationner plus loin. C’est ce que nous faisons.
Nous attendons cinq à dix minutes, sans que personne ne revienne vers nous. Je pensais qu’après avoir pris le dossier, le gendarme allait soit nous le restituer, soit poursuivre la procédure en procédant à l’identification des passagers qui se trouvaient à l’intérieur du véhicule. Or, rien de tout cela ne se produit.
C’est ce qui m’amène à descendre du véhicule pour comprendre de quoi il est question. Je trouve alors le gendarme en train de se diriger vers l’endroit où les usagers sont habituellement conduits pour, semble-t-il, leur remettre de l’argent ou procéder à une autre démarche.
Je lui demande alors : « Monsieur, non seulement vous avez pris nos documents, mais vous nous avez demandé de vous les remettre sans même vous identifier. Qui êtes-vous donc ? »
En effet, je ne sais pas qui est en train de nous contrôler ni qui est l’agent qui nous a interpellés.
Je lui dis : « Si c’est pour m’identifier, voici ma carte. »
Lorsqu’il regarde ma carte, il me répond : « Parce que vous êtes maire. » Puis il me restitue ma carte et continue de faire semblant d’examiner le dossier.
Je lui dis alors que j’espère qu’après cette vérification, il nous accompagnera à la fourrière si telle est la procédure qu’il entend engager, et qu’en l’absence d’une quelconque infraction constatée, il nous laissera repartir.
C’est à ce moment qu’il prend son temps, se dirige vers les passagers qui se trouvent à l’intérieur du véhicule et procède à leur identification. Mais quels passagers, au juste ? Il s’agissait de mon épouse et de ma fille aînée. Nous étions quatre personnes dans le véhicule, chauffeur compris.
Imaginez-vous la situation !
Lorsque je lui demande s’il a terminé l’identification des occupants et la vérification du véhicule, je lui pose également la question suivante : « Et vous, qui êtes-vous ? »
C’est précisément à ce moment que l’affaire prend une autre tournure.
Oui, c’est là que l’affaire prend une autre tournure. Que les gens racontent ma réaction s’ils le souhaitent, mais je ne peux pas comprendre qu’un élément de la gendarmerie interpelle le véhicule d’un maire et que, lorsque ce dernier lui demande s’il a terminé son travail et ce qu’il a effectivement constaté pour envisager une mise en fourrière, il lui réponde :
« Vous n’êtes pas le maire de Batchenga. »
Cela signifie-t-il que, pour lui, en dehors du maire de Batchenga, aucun autre maire ne peut franchir cette barrière sans subir son contrôle ?
Lorsqu’un contrôle est terminé, que doit-on faire ? Il faut laisser les usagers poursuivre leur route, dès lors qu’aucune infraction n’a été constatée, au lieu de les tracasser de cette manière. Cela est d’autant plus regrettable lorsqu’il s’agit d’une autorité comme moi.
Les gens parlent de choses dont ils ne maîtrisent même pas les réalités ni les circonstances.
Voilà donc ce qui s’est exactement passé.
Ce monsieur a fait preuve d’une condescendance qui ne dit pas son nom. C’est pourquoi je lui ai rappelé que ce que j’attendais de lui était un café. [Passage à confirmer au regard de l’enregistrement original.]
Je lui ai également fait observer que son attitude donnait à penser que ce pays était peut-être dirigé par les militaires. Je lui ai alors répondu :
« Non, ce pays est dirigé par les civils. Vous ne pouvez pas tracasser une autorité comme moi alors que vous ne me reprochez rien. Si une faute avait été constatée, si un document avait manqué dans le véhicule, ou si l’un de nous n’avait pas été en possession de sa pièce d’identité ou si le chauffeur n’avait pas eu son permis de conduire, j’aurais encore pu comprendre votre attitude. Mais là, où sommes-nous ? »
Je ne pouvais tout de même pas laisser passer une telle situation.
Quant à ceux qui étaient présents, qu’il s’agisse de ses collègues ou d’autres personnes, et qui ont choisi de filmer ma réaction, cela relève, à la rigueur, d’une autre question. Je crois qu’une enquête a été ouverte à ce sujet.
Voilà les faits.
Mettez n’importe quelle autre personne à ma place : même elle ne tolérerait pas ce genre de comportement.
Étions-nous dans le cadre d’un transport clandestin ? Y avait-il seulement un bagage à l’arrière de notre véhicule ? Étions-nous en situation de surcharge ? Nous étions quatre personnes dans le véhicule.
Que reprochait-il donc à un véhicule administratif comme celui-là, muni de ses documents ?
Je reconnais qu’il est possible qu’il n’ait pas immédiatement remarqué que le véhicule portait les insignes de la Commune de Ntui. Mais, lorsqu’il a vérifié les documents, il a vu la carte grise au nom de la Commune de Ntui. Lorsqu’il a vérifié ma carte d’identité, il a également constaté que j’étais maire.
Alors, où sommes-nous ?
Les principes de la République auraient-ils donc perdu toute leur valeur ?
Voilà les faits, mon frère. »


