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lundi, juin 24, 2024
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Cameroun-Brésil: Il faut respecter les œuvres d’art, une analyse de l’Ecrivain romancier Calvin Djouari

Ce match Cameroun-Brésil résume l’essence même du football de haut niveau. C’est une victoire authentique, sans équivoque. La sortie des lions est aussi belle qu’une victoire. Celui qui ne connaît pas la science du jeu, qui s’implique grandement dans le football moderne devrait se taire. Même s’ils sont rentrés à la maison, ce match donne à toutes les nations du monde, une dynamique de réussite pour les rencontres futures face au Brésil. C’est très important dans le sport. Si on n’avait pas battu le Brésil en 2000 et en 2003, les joueurs camerounais n’auraient jamais eu cet enthousiasme de jouer devant cette grande nation avec pugnacité. Depuis que le Cameroun a battu l’Argentine en 90, ce pays peine à nous battre même dans les matchs amicaux, parce que la génération actuelle l’aborde avec un mental de souvenirs. Cette victoire des lions indomptables, s’adresse à tous les pays africains. Ce match les aidera dans l’aspect psychologique. C’est très important dans le sport de haut niveau. Ce n’est ni la chance, ni le hasard, c’est une tactique de jeu qui a très bien fonctionné.

Dans les grands moments, les camerounais ont toujours eu du génie et une culture à transmettre aux autres sportifs du monde. N’en déplaise à ceux qui veulent étouffer cette victoire. Le Cameroun mérite de jubiler. Les camerounais auront toujours des actions d’éclat qui font réfléchir et qui resteront dans les mémoires. J’ai regardé les commentaires et les analyses dans les chaines télé. J’ai été surpris par certaines visions de ce match. La plupart déclarait qu’on ne devrait pas s’en enorgueillir parce que la victoire contre le Brésil ne nous qualifiait pas. Pour ces Camerounais ou africains, il fallait ramener toute la source d’eau au Cameroun après avoir étanché une soif.

Dans le sport de haut niveau, on ne parle pas de cette façon… Non… On ne parle pas de cette façon.  Il a même été dit, que c’est parce que le Brésil était déjà qualifié, qu’il a aligné son équipe B. On oublie que les camerounais qui ont gagné étaient pour la plupart, les joueurs issus de l’équipe B. Ce qui démontre que ce n’est pas toujours les meilleurs qui sont alignés à l’équipe A.

Les Brésiliens, dans  la plupart des coupes du monde, gagnent tout leur match du premier tour. S’ils ont été battus, c’est parce qu’ils ne pouvaient pas gagner. Tous mes amis Brésiliens m’ont appelé pour me féliciter en me précisant que nous méritions notre victoire. Les brésiliens ne se laissent pas battre par une équipe africaine même dans un match amical. Il s’agit pour les brésiliens d’une fierté nationale. Se laisser battre par une équipe africaine au Brésil est un scandale qui peut coûter le départ d’un entraineur. Les Brésiliens, ne montrent pas leur tendon d’Achille surtout pas devant une équipe africaine.

Le football est le sport le plus populaire au brésil, quand les joueurs sont sur le terrain… qu’on soit une grande ou une petite équipe, la concurrence est rude et ces joueurs viennent pour se distinguer et chercher leur place de titulaire parmi les onze entrants.

Depuis l’entrée fracassante dans le monde du football de la science, telle que : la psychologue, la sociologue, la médecine, toutes décodent l’arbitrage, le joueur, le supporteur et analyse l’action sur le terrain de jeu. Ces spécialistes sont en mesure de vous parler du football de haut niveau et les performances des joueurs. Les brésiliens ne s’amusent pas avec les matchs amicaux à plus forte raison un match de coupe du monde où chaque joueur cherche à se faire titulariser.

Les figures de style des commentaires sur les chaînes camerounaises pour ce qui est du football intéressent vraiment, mais il y a ceux qui s’y lancent pour tout simplement se faire voir. Quand certains disent qu’on ne devrait pas se glorifier de cette victoire éclatante, que voulaient-ils que les camerounais firent ? Fallait-il une défaite pour qu’ils aient raison ? Vraiment ne pas respecter les œuvres d’art est un vrai nanisme intellectuel. Ceux qui ont refusé une si belle victoire n’ont jamais joué au football de haut niveau.

Dans ce contexte de la compétition, chaque action d’éclat compte pour la suite d’une carrière. Juste un coup d’œil rétrospectif. Il me faut entrecouper cet article avec quelques anecdotes, afin de mieux équilibrer mes arguments sur le sujet.

Quand l’Egypte vient nous battre à Yaoundé en 2005, pour la coupe du monde en Allemagne, ils sont déjà éliminés de ce tournoi. L’Egypte avait-elle ce jour-là son équipe type ? Oui l’éthique du jeu veut qu’ils jouent avec détermination comme s’ils avaient un trophée à gagner. En 1974 Manon Sanon, le footballeur légendaire de la République d’Haïti marque devant Dino Zoof. Ce dernier a joué une trentaine de matches sans encaisser. Ce but de Manon (c’est-à-dire à cette époque le but d’un Noir) va changer sa vie pour toujours. Pourtant, ce jour-là, les Haïtiens perdent le match 3 buts contre 1. Mais le buteur sera adulé toute sa vie dans son pays. Il va signer des contrats en Belgique, il ira même jouer comme professionnel aux États-Unis. Plus tard, il lui est confié les instances du football de son pays. Toute sa vie, il restera comme légende  en Haïti grâce à son unique but. Les Haïtiens perdent tout leur match, mais c’est un retour triomphal qui les attend au pays.

Et Dino Zoof dira que « c’est son plus mauvais souvenir en tant que gardien de but. » En 82, Mbida Arantes marque contre l’Italie le seul but camerounais. Au retour, ils sont reçus par le président Ahidjo. Après le mondial il signe à Bastia, ce but a changé sa vie. Le cas de Georges Weah au Cameroun, les recruteurs venaient voir jouer Tataw Stephen, mais ils découvrent Weah. Le zaïre avec ses 9 zéros concédés contre la Yougoslavie porte toujours cette carapace sur son dos. Il en est de même pour Djanka Beaka en 98. Il n’y a pas de sentiments dans le football de haut niveau. Chaque équipe joue pour gagner.

Tout dernièrement les Comoriens ont été salués à travers le monde grâce à   leur brillante prestation devant les lions lors de la coupe des nations. La France a demandé à plusieurs reprises de jouer un match amical contre le Sénégal. Elle souhaite effacer cette défaite du match d’ouverture de 2002. Il n’y a qu’au Cameroun qu’on pense qu’on doit baisser les bras quand il n’y a pas d’enjeu. On ne s’amuse pas avec les matchs dans les compétitions de haut niveau.

Difficile d’imaginer que le pays le plus populaire du monde dans le domaine football se laisse battre. Si l’entraîneur a aligné cette équipe, c’est parce qu’il était sûr de battre le Cameroun, sinon il ferait le contraire. D’ailleurs quand ça n’allait pas il a effectué plusieurs changements qui n’ont pas pu renverser la tendance du jeu.

On a vu avec ce match, que les camerounais n’attendaient que le Brésil. Les Camerounais, très souvent, jouent en fonction de l’adversaire, il ne faut pas l’oublier, ils sont comme ça… Ils ont toujours été comme ça…C’est devant les équipes difficiles qu’ils accroissent leur motivation.

Je redis avec insistance que dans le football de haut niveau, les joueurs sont appelés à jouer leur va-tout. Chaque match est un enjeu crucial, car une défaite peut faire partir un entraîneur. Nous nous sommes inquiétés des contre-performances lors des matchs amicaux aujourd’hui, on gagne, on dit que c’est un échec. Non, c’est la sortie d’un long tunnel lugubre de la plus belle manière.

Cameroun-Brésil était le dernier match du premier tour. Ce n’est pas un hasard si les organisateurs ont voulu que cela soit ainsi ; c’est parce qu’ils savaient qu’il y aurait du spectacle entre un football, – je dirai scientifique – contre un football non pas instinctif, mais intuitif. Le spectacle comportait tous les aspects de match choc. Les sprints, les changements rapides de direction et de vitesse, les sauts et les duels entre joueurs, ainsi que les actions techniques comme le dribble ou le tir au but… Puis les cartons. Les entraîneurs ont remplacé des joueurs pour changer de tactique en fonction de leur poste. Neymar dans la tribune était soucieux et furieux.

Il faut saluer une victoire

L’équipe qu’on bat donne du courage pour les victoires futures ; on doit apprécier et remercier les joueurs pour cette fabuleuse prouesse. Au lieu de montrer l’orgueil et la fausse colère inutile. Ils ont réussi. Le Cameroun est une équipe légendaire à tout égard. A chaque compétition, il donne de l’affection au monde entier ; pour certains pays d’Afrique, d’Europe ou d’Amérique, il reste l’équipe de référence. Depuis la coupe du monde 90, il est très médiatisé. C’est un pays qui a permis de développer dans le monde la science du foot par des reformes. Par exemple, le fait de changer les ballons sur le stade. Ou alors le fait de ne plus remettre le ballon au gardien, si ce n’est pour jouer qu’avec les pieds. Dans le football, il n’y a pas d’axiomatique possible, rien n’indique que l’équipe type du Brésil nous aurait battus.

La Fecafoot

C’est la Fecafoot de l’époque qui a retardé le football camerounais. Depuis qu’on a rendu cela démocratique, les élus n’ont plus eu les obligations de résultats. C’était l’imbroglio total. Entraîneurs, joueurs, journalistes, spectateurs se cassaient la gueule. Tout n’était que désolation.  Actuellement le président Eto’o amorce des changements extrêmement intéressants, et nous le soutenons. Il est en train de réussir. Il fait preuve d’une vraie efficacité dans son job. Loin des arguments de comptoir souvent entendus à son sujet, ce que je souhaiterais lui dire maintenant… c’est d’effectuer un véritable travail de recherche pour recueillir l’avis de nombreux acteurs du foot. Qu’il cherche un autre entraîneur de poigne à qui il donnera l’obligation des résultats. Qu’ils s’éclipsent au sein des lions pour retrouver ses bureaux.

Ngadeu 

L’absence de Ngadeu fut une injustice. Notre échec est peut-être venu de là. Ce garçon avait joué tous les matchs de qualification, il a donné une passe décisive, il eut fallu qu’on l’amenât. J’oserai une plaisanterie, mais avec une note de sérieux pour dire que le fait que ce soit un camerounais évoluant à l’équipe nationale suisse, qui soit venu nous atomiser de buts au premier match comme au  dernier(il a marqué le but qualificatif contre la Serbie), montre que ce qui nous détruit est dans notre propre corps. Mais somme toute, le football camerounais traverse une crise de naissance. L’enfant est né avec cette victoire devant le Brésil.
Correspondant
Paris
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