L’universitaire et écrivain Éric Essono Tsimi, qui avait annoncé son intention de se porter candidat à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, a finalement renoncé à déposer son dossier. Il l’a annoncé lors d’un point de presse à Yaoundé, invoquant des « obstacles structurels » à sa candidature indépendante, tout en réaffirmant sa volonté de rester actif dans le débat politique.
« Jusqu’à ce matin, j’espérais conclure un dernier accord avec un parti politique. Cela n’a pas été possible. J’ai donc décidé de ne pas déposer ma candidature », a déclaré le professeur de littérature, dans une allocution empreinte de lucidité et de critique acerbe du système électoral camerounais. « J’ai convoqué la presse pour être clair et respectueux vis-à-vis de ceux qui ont cru en ma démarche. Il fallait faire preuve de transparence », a-t-il précisé.
Une critique frontale du système en place
Durant son intervention, Éric Essono Tsimi n’a pas mâché ses mots : il a dénoncé un système politique verrouillé, miné par la méfiance interne et une tricherie devenue, selon lui, « norme ». À ses yeux, la régularité du scrutin présidentiel ne constitue plus un critère crédible : « Nous ne connaissons pas la régularité. Ce mot n’est pas une condition d’entrée dans le champ de bataille politique au Cameroun », a-t-il estimé, évoquant les précédentes élections marquées par l’exclusion, les soupçons de fraudes ou la manipulation des règles.
Fustigeant le maintien au pouvoir de figures jugées trop âgées, il a évoqué avec ironie et tristesse le cas d’un haut responsable de la sécurité, toujours en fonction à 93 ans : « C’est poétique… mais est-ce raisonnable pour un pays aussi jeune ? ».

Ni résignation, ni retrait
S’il ne sera pas sur la ligne de départ de la présidentielle, Essono Tsimi affirme rester engagé politiquement. Il annonce vouloir soutenir un candidat dont le nom sera déterminé plus tard et prévoit d’investir activement dans les prochaines législatives et municipales de 2025 : « Nous allons soutenir, financer, pousser des listes. Ce sera une autre bataille », a-t-il déclaré, précisant qu’il œuvrera avec plusieurs formations, sans se limiter à un seul parti.
Il n’exclut pas non plus une candidature personnelle aux élections législatives : « Rien, dans la loi camerounaise, ne m’empêche d’être député tout en restant professeur à Chicago », a-t-il souligné, avant d’ajouter que ce n’est « pas une obsession » mais une possibilité.
Une vision à contre-courant
Face à ceux qui lui reprocheraient d’intégrer un système qu’il critique, Essono Tsimi s’appuie sur l’exemple des eurosceptiques siégeant au Parlement européen : « On peut contester tout en siégeant. Il ne faut pas regarder le pays de loin ou de haut. Il faut s’engager, quitte à mettre les mains dans la boue ».
Interrogé sur le rôle des puissances étrangères, l’enseignant-chercheur affirme que « tous les candidats sérieux » sont approchés d’une manière ou d’une autre : « Cela fait partie du jeu géopolitique », dit-il, en dénonçant une dépendance structurelle héritée de l’histoire coloniale.
De l’intellectuel à l’homme politique
Écrivain prolifique, auteur de plus d’une dizaine de livres, Éric Essono Tsimi n’en est pas à sa première incursion dans la sphère publique. Son engagement dans les médias, ses interventions sur les plateaux télévisés et ses publications en font une voix respectée de la scène intellectuelle camerounaise. « Je suis un artiste, un enseignant, pas un professionnel de la politique. Je suis mû par l’urgence de contribuer à un projet collectif », a-t-il affirmé.
Son retrait de la présidentielle ne signifie donc pas la fin de son engagement. Bien au contraire, il promet de transformer la déception en énergie politique : « Abandonner ? Non. Ce que nous pouvons faire, nous devons le faire. Même dans l’imperfection. »
Martin Donald Ngane



