Dans les profondeurs agricoles du Cameroun, la banane-plantain ne se contente pas de nourrir les ménages ; elle alimente l’avenir de centaines de milliers de petits producteurs et incarne un espoir colossal pour toute une filière. À quelques semaines de la 4ᵉ édition de la Fête internationale de la banane-plantain, prévue les 19 et 20 septembre 2025, les regards se tournent vers cette culture qui conjugue tradition, économie et innovation.
Le Cameroun produit entre 3,9 et 4,5 millions de tonnes de plantain par an, ce qui en fait le 3ᵉ producteur mondial derrière le Congo et le Ghana. Chaque habitant en consomme en moyenne 150 kg par an. Plus de 700 000 personnes participent à cette filière, dont plus de 92 % sont de petits exploitants. Pour eux, le plantain représente 16 % des revenus agricoles et contribue à hauteur de 4,5 % au PIB agricole national.
gouvernement compte également installer et rendre fonctionnelle une unité de transformation pour la production des chips et farines dans les localités de Nkoteng, Mvangan, Banguem, Dimako et Afanloum.
Les bassins de production se concentrent dans les régions Centre, Est, Littoral, Sud-Ouest, Nord-Ouest, Ouest et Sud. Dans la région de l’Est, notamment autour de Bertoua et Batouri, le plantain est une culture vivrière majeure exploitée en petites parcelles manuelles. Dans le Centre, au sud de Yaoundé, il est cultivé souvent avec la technique du brûlis, sur des sols fragiles, ce qui pose un défi de durabilité.
Pourtant, la marge de progression est immense. Les rendements moyens plafonnent à 6,8 tonnes par hectare et varient de 1,1 à 18,8 t/ha selon les exploitations, alors que les meilleures pratiques permettent d’atteindre au moins 15 à 20 t/ha. Seuls 34 % du potentiel de récolte sont exploités, freinés par le manque d’intrants, les techniques traditionnelles et des pertes post-récolte estimées à 35-40 %.
Cette réalité donne toute son importance au thème choisi pour la 4ᵉ édition : « Sécurisation de la commercialisation et financement des projets des acteurs de la filière banane-plantain ». L’Association des Acteurs de la Filière Banane-Plantain (Fbpc) veut faire de cette rencontre un pont entre producteurs, transformateurs, investisseurs et marchés.
Le gouvernement camerounais, par la voix du ministre de l’Agriculture Gabriel Mbairobe, a annoncé pour 2025 la distribution de 248 571 plants améliorés issus du procédé PIF, la mise en service d’une unité de transformation pour produire chips et farines, ainsi que l’accompagnement au financement de projets. Objectif : réduire les pertes, booster la transformation locale et consolider le rôle du Cameroun comme puissance agricole en Afrique centrale.
Au-delà des chiffres, cette fête pourrait devenir le point de départ d’une révolution silencieuse : celle où des milliers de petits exploitants, armés de machettes et d’ambition, transforment le plantain en véritable moteur de modernisation agricole et d’industrialisation rurale.


