Le Cameroun, grand producteur de cacao, traverse une période décisive. Alors que les cours mondiaux du cacao ont récemment atteint des niveaux historiques, une véritable ruée s’est déclenchée dans de nombreuses régions rurales : création accélérée de nouvelles plantations, conversion massive de terres forestières, et expansion incontrôlée des zones cultivées.
Résultat : une augmentation fulgurante de la déforestation, menaçant la biodiversité, les services écosystémiques et la conformité du pays aux nouvelles exigences internationales.
Face à ce défi, le Gouvernement du Cameroun, l’Union européenne et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont lancé une initiative ambitieuse pour maîtriser l’expansion agricole, promouvoir un cacao durable et protéger les forêts du pays.
Cartographier pour mieux protéger : un outil stratégique contre la déforestation
Au cœur de cette nouvelle démarche se trouve l’élaboration de cartes nationales de couverture terrestre, un instrument crucial pour surveiller l’évolution des surfaces forestières et identifier les zones converties en plantations cacaoyères, parfois de manière illégale.
Ces cartes, produites par un comité technique multi-institutionnel, permettront non seulement de répondre aux exigences du Règlement de l’Union européenne relatif à la déforestation (EUDR), mais aussi de donner au Cameroun les moyens d’encadrer efficacement l’expansion du cacao.
Selon un responsable de la FAO,
« Ces cartes offrent aux producteurs camerounais une véritable porte d’entrée vers les marchés internationaux tout en garantissant traçabilité, bonnes pratiques et zéro déforestation ».
Grâce à la télédétection et aux plateformes telles qu’Open Foris, Google Earth Engine ou encore les modèles de DeepMind, l’initiative permettra de modéliser la présence du cacao, notamment en agroforesterie, et d’éclairer les décisions politiques du gouvernement, du secteur privé et du SCAP.
Un atelier national pour renforcer les capacités
Du 25 au 27 novembre 2025, un atelier a réuni les institutions gouvernementales, la FAO, les partenaires techniques, la société civile et les centres de recherche afin de :
analyser et intégrer les nouvelles cartes de couverture terrestre ;
valider la précision des données produites ;
renforcer les capacités nationales en matière de gestion durable du cacao ;
adapter les outils aux besoins réels des zones de production.
L’objectif principal est clair : donner au Cameroun les moyens d’encadrer l’expansion cacaoyère, de mieux aménager son territoire et de protéger ses ressources forestières, tout en appuyant la Stratégie Nationale de Développement du Secteur Cacao/Café (SCAP).
L’Union européenne en soutien d’une chaîne de valeur durable
Cette action s’inscrit dans le Programme Cacao de l’Union européenne, mis en œuvre conjointement avec la FAO, le Centre commun de recherche de la Commission européenne et d’autres partenaires tels que la GIZ.
Le programme vise à :
renforcer la résilience des systèmes de production cacaoyers ;
diversifier les revenus des producteurs ;
lutter contre la déforestation, la pauvreté rurale et le travail des enfants ;
accompagner les pays producteurs dans la transition vers un cacao éthique et durable.
Un tournant décisif pour le cacao camerounais
Dans un contexte où l’attrait des prix élevés tire les populations vers une conversion incontrôlée des terres, cette initiative apparaît comme un garde-fou essentiel. Elle permet de concilier développement économique et protection des forêts, tout en garantissant la compétitivité du cacao camerounais sur les marchés internationaux.
Le Cameroun se positionne ainsi à un moment clé :
soutenir la production de cacao et les revenus des producteurs ; freiner l’avancée de la déforestation ;garantir la durabilité écologique, sociale et économique du secteur.
Martin Donald Ngane


