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Cameroun- Suivi électoral : OSC et médias tirent les leçons du scrutin du 12 octobre

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À Ebolowa, l’hôtel Bengo a pris des airs de laboratoire démocratique. Pendant deux jours, le Centre des Nations unies pour les droits de l’homme et la démocratie en Afrique centrale y a réuni quarante-cinq acteurs de la société civile et des médias pour réfléchir à ce que les élections du 12 octobre ont révélé du Cameroun d’aujourd’hui.

Dès les premières heures de la session, une idée a dominé les échanges : le scrutin de 2025 n’a pas ressemblé aux précédents. Selon une intervenante de la société civile de la région du Nord ouest,un véritable tournant s’opère dans la conscience citoyenne. « Les Camerounais savent désormais ce que peut changer une élection », affirme-t-elle, soulignant le rôle de plus en plus déterminant des réseaux sociaux et des lanceurs d’alerte dans la surveillance du processus électoral. Autour de cette prise de parole, la salle s’anime. Les participants racontent leurs observations, parfois avec passion, souvent avec inquiétude, mais toujours avec le sentiment d’avoir été témoins d’un moment politique exceptionnel.

Cette diversité d’expériences se déploie ensuite à travers trois panels régionaux.

Des réalités différentes, des préoccupations communes

Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le tableau dressé tranche avec les années précédentes. Malgré les « villes mortes » et les risques persistants, les populations se sont rendues massivement aux bureaux de vote, déterminées à surveiller leurs suffrages. Mais derrière cette mobilisation, certains dénoncent une institution électorale perçue comme moins indépendante qu’elle ne l’affiche, influencée par des acteurs « tapis dans l’ombre ».

Du côté du Littoral et de l’Ouest, les interventions sont plus sombres. Des partis qui n’ont pu mener campagne, une encre censée être indélébile mais qui ne l’était pas, des arrestations après la proclamation des résultats, l’absence de représentants de l’opposition dans de nombreux bureaux de vote… Les participants évoquent également des cas de menaces, d’intimidations, et le malaise suscité par les difficultés rencontrées par certaines familles pour récupérer les corps de proches durant la période électorale.
Pour les personnes malvoyantes, les pochettes tactiles promises n’ont presque pas été utilisées, ouvrant la porte à des votes par procuration non désirés.

Dans les régions du Centre, du Sud et de l’Est, l’atmosphère était tout aussi tendue. L’annonce du décès du leader du Manidem, détenu depuis octobre, plane sur les débats. Les témoignages font état d’arrestations répétées, de manifestations violemment dispersées et, dans l’Est, d’un paysage publicitaire entièrement monopolisé par le parti au pouvoir. Dans plusieurs villes, des habitants affirment que des forces de maintien de l’ordre ont ouvert le feu, blessant six personnes.

Un besoin d’apprendre pour mieux faire

Au-delà des dénonciations, Ebolowa aura surtout été un espace d’introspection collective. Réunis en groupes, OSC et journalistes ont cherché à identifier les bonnes pratiques capables de renforcer la protection des droits humains lors des prochains scrutins.
Transparence, vigilance citoyenne, sécurité des observateurs, accès à l’information, collaboration entre médias et organisations civiles : les pistes se multiplient, et toutes témoignent d’un même objectif — faire des élections un exercice véritablement démocratique.

À Ebolowa, le débat ne s’est pas limité à revisiter les tensions du passé récent. Il a ouvert une réflexion sur l’avenir du processus électoral au Cameroun, dans un pays où l’engagement citoyen, malgré les obstacles, continue de se renforcer.

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