Le Programme alimentaire mondial (PAM) appelle d’urgence à une mobilisation financière internationale afin d’éviter une interruption majeure de ses activités humanitaires au Cameroun dès 2026. Cette alerte a été lancée lors d’un dîner de presse organisé au siège de l’organisation à Yaoundé le 5 décembre 2025, en présence du Directeur pays PAM, Gianluca Ferrera, et de plusieurs professionnels des médias.
Cette rencontre intervient dans un contexte particulièrement critique : la suspension du financement des États-Unis, principal contributeur du PAM, crée un déficit qui menace directement les opérations humanitaires dans les pays soutenus par l’organisation. Le Cameroun, déjà frappé par des crises cumulées conflits, déplacements massifs, inondations, crise nutritionnelle fait partie des pays les plus exposés à cette rupture.
« Ne pas sous-estimer le coût de l’inaction » : l’avertissement de Gianluca Ferrera
Face aux journalistes, Gianluca Ferrera a livré un message sans détour :
« C’était une opportunité pour nous en cette fin d’année de vous présenter les réalisations du Programme alimentaire mondial, les contextes dans lesquels nous intervenons en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle, mais aussi les défis. Et parmi ces défis, il y a celui du financement. »

Poursuivant, il a mis en garde contre la baisse drastique des contributions :
« Nous sommes malheureusement confrontés, pour plusieurs raisons, à une baisse très importante des ressources que nous avons normalement à disposition. Cela a un impact direct sur les populations que nous assistons. Si de nouvelles contributions n’arrivent pas, nous serons obligés d’arrêter nos interventions. »
Pour 2026, les besoins sont clairement identifiés :
67 millions de dollars US sont nécessaires pour maintenir les opérations essentielles du PAM au Cameroun.
Sans ce financement, les conséquences seraient dramatiques :
Des milliers de personnes seraient privées d’assistance alimentaire.
Les acquis de résilience seront perdus, plongeant des familles dans une vulnérabilité accrue.
Les indicateurs de sécurité alimentaire et nutritionnelle risquent de se dégrader rapidement. Le retrait des humanitaires pourrait ouvrir la voie à des groupes hostiles, notamment dans les zones de conflit.
Ferrera a insisté :
« Il est très important de ne pas sous-estimer le coût de l’inaction. Nous pourrions nous retrouver en 2028 ou 2029 à devoir rouvrir des programmes avec des coûts beaucoup plus importants. »
Les pays bénéficiaires appelés à diversifier les sources de financement
La suspension du financement américain impose désormais aux gouvernements bénéficiaires, dont le Cameroun, de rechercher de nouvelles sources de financement, qu’elles soient publiques, privées ou multilatérales.
Le PAM appelle également :
À une solidarité régionale renforcée,
À l’implication du secteur privé,
Et à l’engagement accru des partenaires techniques et financiers.
L’objectif est clair : éviter que 2026 ne devienne une année de rupture humanitaire, qui mettrait en péril des millions de vies.
Les réalisations du PAM au Cameroun (janvier – novembre 2025)
Malgré les contraintes financières, le PAM a réalisé un travail colossal au Cameroun en 2025 :
1 080 920 personnes assistées en 2024, et des centaines de milliers en 2025 dans un contexte d’accès difficile.
13 000 personnes soutenues lors des réponses aux inondations.
13 250 personnes aidées via le mécanisme de réponse rapide.
75 700 personnes appuyées pour faire face à la saison sèche.
Distribution de vivres, transferts monétaires, programmes nutritionnels, cantines scolaires et soutien logistique dans les zones les plus touchées.
Appui continu aux réfugiés centrafricains, aux réfugiés nigérians, et aux personnes déplacées internes dans le Nord-Ouest, le Sud-Ouest et l’Extrême-Nord.
Le PAM a également renforcé les activités de résilience communautaire, notamment l’agriculture durable, la restauration des terres dégradées et les projets de moyens de subsistance.
L’année 2026 s’annonce décisive pour l’action humanitaire au Cameroun. Sans un financement urgent de 67 millions de dollars, les opérations du PAM risquent d’être suspendues, laissant des centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants sans soutien vital.
Dans un pays où les crises s’entrecroisent, le plaidoyer du PAM sonne comme un appel solennel : la survie et la stabilité des populations les plus vulnérables dépendent de la rapidité de la mobilisation internationale.
Martin Donald Ngane



