Le contrat de scanning douanier confié à la société SGS, présenté à l’origine comme un partenariat public-privé (PPP) stratégique pour sécuriser les recettes douanières du Cameroun, apparaît aujourd’hui comme l’un des exemples les plus controversés de gestion des finances publiques.
Par notre rédaction – Enquête
L’analyse des données financières disponibles révèle un déséquilibre flagrant, au détriment de l’État camerounais, soulevant de sérieuses interrogations sur la gouvernance du secteur et les intérêts réels servis par ce contrat.
Une activité ultra-rentable… mais pas pour le Trésor public
Le scanning des marchandises à l’importation est une activité à forte valeur ajoutée. Il joue un rôle central dans la lutte contre la fraude douanière, la sécurisation des recettes fiscales et la fluidification du commerce international.
Selon les chiffres de synthèse analysés, les recettes totales générées par le scanning atteignent 164,42 milliards de FCFA. Un montant qui confirme le caractère extrêmement rentable de cette activité, devenue au fil des années une véritable rente liée au commerce extérieur camerounais.
Pourtant, cette manne financière ne profite que très marginalement à l’État.
84 % des recettes captées, seulement 16 % pour l’État
Sur les 164,42 milliards de FCFA générés, l’État camerounais n’aurait perçu que 26,05 milliards, soit 15,8 % des recettes totales.
Le reste 138,37 milliards de FCFA, représentant 84,2 % aurait été absorbé par le partenaire privé et les charges d’exploitation.
Un tel partage choque de nombreux spécialistes des finances publiques. Pour eux, il ne s’agit plus d’un simple déséquilibre contractuel, mais d’un schéma structurellement défavorable à l’intérêt général, d’autant plus que le scanning repose sur un monopole accordé par l’État.
138 milliards de FCFA : un manque à gagner aux conséquences lourdes
La différence entre les recettes générées et les montants reversés au Trésor public représente plus de 138 milliards de FCFA.Une somme colossale, qui aurait pu être mobilisée pour financer des secteurs clés :
infrastructures routières,hôpitaux et équipements sanitaires,éducation,
modernisation de l’administration fiscale et douanière.
Pour plusieurs économistes, ce contrat illustre une perte d’opportunité budgétaire majeure, dans un pays pourtant confronté à une pression fiscale élevée et à des besoins sociaux criants.
Une fonction régalienne confiée au privé
Au-delà des chiffres, la controverse touche à la souveraineté économique.
Le scanning douanier intervient au cœur du contrôle des flux commerciaux et des recettes fiscales, piliers du budget de l’État.
Dans de nombreux pays africains, ce type de service a été progressivement réinternalisé, l’État conservant la maîtrise des recettes tout en recourant, si nécessaire, à une assistance technique privée limitée et encadrée.
Au Cameroun, le choix inverse a été fait : externaliser une fonction stratégique tout en abandonnant l’essentiel des revenus générés.
Un contrat qui interroge sur la gouvernance publique
La structuration de ce partenariat soulève désormais une question centrale : à qui profite réellement ce contrat ?
Sans désigner de responsables nommément, plusieurs observateurs évoquent l’existence de réseaux décisionnels et de complicités administratives ayant permis la pérennisation d’un accord manifestement défavorable à l’État.
Un modèle de gouvernance qui alimente le soupçon d’un système de rente, au bénéfice d’intérêts privés et de certains cercles de pouvoir.
Vers une renégociation ou une rupture ?
Face à l’ampleur des montants en jeu et aux critiques croissantes, l’hypothèse d’une renégociation, voire d’une résiliation du contrat, commence à circuler dans certains milieux institutionnels.
Pour les experts en politiques publiques, l’enjeu dépasse largement le cas SGS :
il s’agit de la capacité du Cameroun à reprendre le contrôle de ses ressources internes, à assainir la gestion des PPP et à rompre avec des pratiques contractuelles qui appauvrissent durablement l’État.
Un test majeur pour la gouvernance économique
Le dossier du scanning douanier s’impose désormais comme un test grandeur nature de la gouvernance économique camerounaise.
Entre exigence de transparence, responsabilité politique et protection de l’intérêt national, l’État est aujourd’hui face à ses choix.
Une chose est sûre : les chiffres parlent d’eux-mêmes, et ils racontent l’histoire d’un contrat qui, pendant des années, a coûté très cher au contribuable camerounais.
Rédaction Kamer Infos Plus-Enquête


