
Enquête et Analyse politico-financière / Kamer Infos Plus
Depuis plusieurs mois, le dossier du scanning des marchandises au Port Autonome de Douala (PAD) est présenté dans le débat public comme un conflit de procédure, opposant le Directeur général du PAD à certains membres du gouvernement. Pourtant, à la lecture attentive des textes, des résolutions du Conseil d’Administration et des mécanismes financiers du contrat SGS, une autre grille de lecture s’impose : celle d’une lutte d’influence autour du contrôle de ressources financières considérables générées par le scanning.
Un acharnement institutionnel aux motivations peu convaincantes
L’accusation selon laquelle le Directeur général du PAD aurait « unilatéralement annulé » le contrat liant l’État à la SGS ne repose, à ce jour, sur aucun acte administratif formel. Plus encore, elle se heurte frontalement aux résolutions unanimes du Conseil d’Administration du PAD, organe souverain où siègent pourtant les représentants de la Présidence, de la Primature, du Ministère des Finances et d’autres départements stratégiques.
Dès lors, une question s’impose :
Pourquoi un tel déploiement politique et médiatique contre le PAD, alors même que les procédures internes ont été respectées et validées collectivement ?
Le nœud du problème : la manne financière du scanning
Le contrat SGS ne se limite pas à un dispositif technique de sécurisation. Il est avant tout un mécanisme financier opaque, structuré autour de :
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la Contribution de Scanning (CDS),
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des royalties reversées au Ministère des Finances,
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et d’un système de primes et d’avantages indirects redistribués à plusieurs structures administratives.
Ces flux, qualifiés de « droits d’assiette », échappent en grande partie au circuit budgétaire classique, tout en alimentant :
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des primes au personnel (jusqu’à 60 % des montants),
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des enveloppes de fonctionnement,
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et des investissements décidés de manière discrétionnaire.
Dans ce contexte, le contrôle du contrat SGS équivaut, de facto, au contrôle d’une rente financière stratégique.

Une centralisation financière qui marginalise le PAD
Fait troublant : le PAD, pourtant autorité portuaire opérationnelle, n’est ni signataire du contrat SGS, ni bénéficiaire direct des retombées financières du scanning.
Pire encore :
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aucune convention formelle ne lie la SGS au PAD ;
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aucun cadre structuré de concertation n’a été institutionnalisé avec la Douane ;
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les décisions financières sont largement pilotées depuis le centre, notamment le Ministère des Finances.
Dans ces conditions, toute tentative du PAD de moderniser ou de reprendre la main sur la sécurisation du port apparaît comme une menace directe pour l’architecture financière existante.
Un contrat financièrement confortable, mais opérationnellement coûteux
Sur le plan financier, le contrat SGS présente plusieurs inconvénients majeurs pour l’État et pour le PAD :
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absence d’adaptation contractuelle malgré le quintuplement du trafic portuaire ;
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équipements vieillissants, sans obligation claire de mise à niveau technologique ;
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coût indirect élevé pour les opérateurs économiques, répercuté sur les prix ;
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faible transparence sur la formation des revenus et leur redistribution réelle.
Autrement dit, le contrat garantit une stabilité des revenus pour certains acteurs, mais pas nécessairement une efficacité accrue du contrôle douanier ni de la sécurité portuaire.
Sécurité nationale ou sécurisation des rétrocessions ?
L’argument sécuritaire, régulièrement brandi pour justifier le statu quo contractuel, peine à convaincre face aux faits :
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circulation avérée de marchandises prohibées ;
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contournement des dispositifs de scanning ;
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inadéquation des outils face aux nouvelles formes de criminalité transnationale.
Dès lors, une interrogation devient légitime :
la priorité est-elle réellement la sécurité du port, ou la préservation d’un système financier devenu confortable pour ses bénéficiaires ?
Un silence sélectif qui alimente le malaise
La virulence observée dans le dossier SGS contraste avec le silence institutionnel autour d’autres affaires lourdes ayant pourtant exposé le PAD à des risques juridiques et financiers majeurs (DIT, port sec, contentieux internationaux).
Cette différence de traitement interroge et renforce l’idée d’un conflit d’intérêts structurel, d’autant plus que certaines autorités de tutelle cumulent des fonctions stratégiques au sein des organes du PAD.
Conclusion : une crise de gouvernance plus qu’une crise de procédure
L’affaire SGS–PAD dépasse largement la question d’un contrat de scanning. Elle révèle :
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une gouvernance portuaire fragmentée ;
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une captation centralisée des ressources financières ;
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et une confusion persistante entre intérêt public, intérêt administratif et intérêts financiers indirects.
L’acharnement observé contre le PAD apparaît ainsi, non comme une défense rigoureuse de la légalité, mais comme le symptôme d’une bataille pour le contrôle d’un levier financier stratégique.
Tant que la transparence sur les flux financiers du scanning ne sera pas totale, et que le PAD ne sera pas pleinement associé à la gouvernance du dispositif, le soupçon d’une lutte pour la sécurisation des rétrocessions restera légitime.
Une enquête de Kamer Infos Plus


