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Lisette Claudia TAME NJAMBE : « Le Cameroun n’a pas besoin de discours… Il a besoin d’usines ». 

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Dans un entretien accordé a notre REDACTION, Lisette Claudia TAME NJAMBE · Fondatrice et Directrice Générale Africa Processing Company SA, Chevalier de l’Ordre de la Valeur, Marque CA’OLY Mbankomo, Cameroun dévoile les contours de l’urgence de l’implantation des usines dans toutes les régions du Cameroun, loin des discours.

« Le Cameroun n’a pas besoin de discours… Il a besoin d’usines. Le Cameroun n’a pas besoin d’attendre. Il a besoin d’usines. Et les usines n’attendent que nous. L’industrialisation n’est pas un horizon lointain réservé aux pays riches. C’est un choix. Un choix que le Cameroun peut faire aujourd’hui et que je m’engage, par mon expertise et par mes actes, à rendre possible ».

Quel est le Cameroun que vous voyez et celui que vous refusez d’accepter ?

Je suis la fille d’un industriel. J’ai grandi en regardant mon père, Henri Tame Soumedjong, diriger Saplait SA, l’une des premières entreprises agro-industrielles laitières de notre pays. J’ai grandi parmi les machines, parmi les décisions qui engagent des équipes, des familles, un territoire. Et très tôt, j’ai compris une chose simple : un pays qui ne produit pas reste dépendant. Un pays qui ne transforme pas ses ressources offre sa richesse aux autres.

Aujourd’hui, je dirige Africa Processing Company SA. Nous transformons le cacao camerounais. Nous exportons vers l’Asie, l’Europe, le Maghreb. Nous produisons plus de 15 dérivés du cacao sous la marque CA’OLY pour le marché local et africain. Nous employons directement et indirectement plus de 500 personnes. Et chaque matin, en entrant dans cette usine, je me dis la même chose : ce n’est qu’un début.

Car ce que je vois autour de moi, ce n’est pas un Cameroun pauvre. C’est un Cameroun extraordinairement riche en ressources : cacao, café, bois, minerais, agriculture vivrière, énergie hydraulique, et structurellement sous-industrialisé. Un Cameroun qui exporte ses matières premières brutes, achète des produits transformés à prix fort, et laisse la valeur ajoutée se créer ailleurs. Ce paradoxe, je le vis chaque jour. Et c’est précisément ce paradoxe que j’ai choisi de combattre.

« Nous sommes le cinquième producteur mondial de cacao. Nous ne consommons pas 5 % de notre propre production. Ce n’est pas une fatalité, c’est un choix que nous n’avons pas encore fait. »

Qu’est-ce que l’industrialisation change, concrètement et durablement ?

Quand je parle d’industrialisation, je ne parle pas d’une abstraction économique. Je parle d’impacts concrets, mesurables, qui transforment la vie des gens et la trajectoire d’un pays. Je les vis dans mon propre parcours.

L’industrialisation crée des emplois durables et qualifiés. Pas des emplois précaires, pas des journées agricoles aléatoires selon les saisons. Des emplois stables, formés, dans des métiers qui se transmettent. Chez APC SA, nous avons dû former nous-mêmes nos techniciens parce qu’aucune école ne dispense ce savoir. Mais ces hommes et ces femmes ont aujourd’hui une compétence rare, un revenu régulier, une dignité professionnelle. C’est ce que fait l’industrie : elle qualifie le capital humain d’un pays.

L’industrialisation retient la jeunesse dans les territoires. L’exode rural n’est pas un phénomène culturel, c’est une réponse rationnelle à l’absence d’opportunités économiques locales. Quand une usine s’installe à Mbankomo ou à Ngolambélé, dans la région de l’Est, elle crée un centre de gravité économique. Les jeunes n’ont plus besoin d’aller chercher leur avenir à Douala ou à Yaoundé. Leur avenir vient à eux.

L’industrialisation valorise le travail des producteurs. Nos cacaoculteurs sont parmi les meilleurs du monde. La fève camerounaise est reconnue internationalement pour sa qualité. Pourtant, tant qu’elle part brute, le producteur ne touche qu’une fraction de ce que vaut réellement son travail. Le jour où nous transformons localement, nous remettons une part de cette valeur dans la filière, dans la région, dans le pays. C’est une redistribution économique concrète, sans assistanat, par la production.

L’industrialisation génère de la souveraineté fiscale et économique. Une industrie paye des impôts. Elle génère des devises à l’export. Elle réduit les importations. Elle renforce la balance commerciale du pays. Elle rend un État moins dépendant de l’aide extérieure et plus capable d’investir dans ses propres infrastructures, sa santé, son éducation.

Quelle est votre conviction dans ce sens ?

C’est industrialiser le Cameroun, ville par ville. Je ne veux pas simplement diriger une belle entreprise. Je veux démontrer que l’industrialisation du Cameroun est possible et que ce n’est pas réservé aux multinationales étrangères ou aux grands groupes capitalisés. Cela peut commencer avec une machine. Avec une idée. Avec la conviction que ce que l’on a sous les pieds a de la valeur, à condition de le transformer.

C’est pourquoi ma vision va bien au-delà d’APC SA. Je veux contribuer à l’émergence d’industries dans toutes les grandes villes du Cameroun. Chaque bassin de production agricole, chaque ressource naturelle sous-exploitée, chaque territoire privé d’opportunités économiques est un terrain potentiel d’industrialisation.

Cette conviction, je l’ai prouvée à petite échelle. En 2021, nous occupions 66 mètres carrés. Aujourd’hui, nous gérons deux usines, nous produisons 8 000 tonnes de dérivés de cacao par an, et nous construisons notre capacité à atteindre 24 000 tonnes d’ici 2028-2029. Ce n’est pas de la magie. C’est de la méthode, de la rigueur, et de la foi dans ce que ce pays peut faire.

« Nous devons démystifier l’industrie. Tout commence avec une ou deux machines. Et si nous multiplions ces commencements dans chaque ville du Cameroun, nous changeons le visage de notre économie. »

Qu’est-ce que vous  proposez et à qui ?

Je ne me contente pas d’avoir une vision. Je dispose d’une expertise opérationnelle que j’ai construite sur le terrain, au fil de plus d’une décennie dans l’industrie : en Afrique, en Europe, dans la chocolaterie, dans l’accompagnement à l’implantation industrielle, et dans la direction de ma propre entreprise. Cette expertise, je suis prête à la mettre au service des investisseurs et des États.

Aux États africains qui souhaitent engager une politique d’industrialisation sérieuse et structurée, je peux apporter un plan stratégique clé en main : diagnostic sectoriel, identification des filières à fort potentiel de transformation, modèles économiques adaptés aux réalités locales, cahier des charges des infrastructures nécessaires, mécanismes d’attractivité pour les investisseurs privés internationaux, et programme de formation des ressources humaines.

Quelle est votre foi dans le Cameroun, sans condition ?

Le Cameroun dispose de tout ce qu’il faut pour être une grande nation industrielle. Des ressources naturelles d’une richesse exceptionnelle. Une population jeune, capable, désireuse d’opportunités. Une position géographique stratégique en Afrique centrale. Et une filière cacao qui, si elle est transformée localement à hauteur de 40 % de la production nationale, objectif déclaré du gouvernement, peut à elle seule générer des dizaines de milliers d’emplois supplémentaires.

Ce qui nous a manqué, ce n’est pas la ressource. C’est la décision de transformer. C’est la volonté de construire des chaînes de valeur entières sur notre sol plutôt que d’en exporter les briques. C’est la confiance dans notre propre capacité à faire, à produire, à exporter autre chose que de la matière brute.

 

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