Au Cameroun, comme ailleurs dans le monde, des milliers d’enfants franchissent chaque matin les portes de l’école sans avoir mangé. Ils affrontent la journée avec un ventre vide, un esprit dispersé et une énergie vacillante. Comment espérer qu’ils apprennent, participent, réussissent, alors que leurs besoins les plus fondamentaux ne sont pas assurés ?
L’alimentation scolaire n’est pas un privilège: c’est un investissement structurant dans le capital humain, un déterminant majeur de la réussite éducative et un pilier incontournable de la lutte contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. Elle est l’un des rares leviers publics capables d’agir simultanément sur l’éducation, la nutrition, la santé, l’agriculture et le développement local. Un enjeu de société encore sous-estimé Les programmes de cantines scolaires améliorent la concentration, la mémorisation, la présence en classe et la stabilité émotionnelle des enfants. Ils contribuent à la réduction de toutes les formes de malnutrition (sous-nutrition, carences en micronutriments, obésité) qui freinent le développement cognitif et l’avenir professionnel des citoyens de demain. Pourtant, les chiffres sont implacables: seuls 2,8 pourcents des élèves du primaire bénéficient aujourd’hui d’un repas chaud et gratuit dans les écoles camerounaises.
Dans un contexte où les indicateurs de la malnutrition sont alarmants notamment le retard de croissance de l’ordre de 29 pourcents, l’obésité infantile à 11 pourcents et l’anémie à 57 pourcents chez les enfants de moins de cinq ans (Enquête démographique et de santé 2018),2 sans oublier les crises climatiques, sécuritaires et économiques qui fragilisent les ménages, cette couverture est insuffisante au regard des besoins réels. Le Cameroun s’est engagé à travers la Stratégie nationale d’alimentation scolaire qui fait des cantines scolaires un moteur de l’économie rurale, en les reliant directement à la production locale. Ce modèle innovant soutient les petits producteurs, diversifie les marchés agricoles et renforce la résilience des communautés face à l’inflation alimentaire.
Ainsi, la cantine n’est plus seulement un lieu de restauration. Elle devient un espace d’apprentissage des bonnes pratiques alimentaires. Elle transmet aux enfants des habitudes déterminantes pour la santé future. Elle crée un écosystème où agriculture, nutrition, éducation et développement local se renforcent mutuellement.
La contribution de la FAO: des écoles qui produisent pour mieux nourrir
En 2025, la FAO a soutenu le déploiement d’un modèle intégré dans les régions de l’Est et du Sud Cameroun. Grâce au projet «Promotion d’une production innovante,
ludique et éducative pour une alimentation saine et nutritive en milieu scolaire», 18 jardins scolaires ont été installés, produisant 236 859 kg de légumes, 70 000 œufs et 1 275 kg de poissons.
Ces productions locales ont permis d’offrir chaque semaine un repas sain à 10 833 élèves, tout en formant les enfants, les enseignants et les communautés aux techniques agricoles durables, à l’hygiène et à la nutrition.
Les résultats parlent d’eux-mêmes: baisse des absences, hausse de la fréquentation de deux pourcents, amélioration de l’environnement alimentaire grâce à la formation de 48 restauratrices, installation de comités de gestion dans toutes les écoles.
Malgré ces avancées, les besoins demeurent immenses. L’alimentation scolaire doit désormais être pensée comme une obligation nationale, pas comme une action pilote.
Car chaque repas servi est bien plus qu’une simple ration: il représente une chance d’apprendre, constitue un véritable rempart contre la malnutrition et devient un
investissement essentiel dans un avenir plus productif, plus sain et plus équitable.
Une responsabilité collective
Faire de l’alimentation scolaire un pilier du développement exige une mobilisation de
tous: État, collectivités territoriales décentralisées, partenaires techniques et financiers,
secteur privé, organisations communautaires, agriculteurs et restauratrices locales.
Le Cameroun dispose des ressources, des savoir-faire et de nombreux exemples locaux
de réussite en matière d’alimentation scolaire. Ce qui fait encore défaut, c’est l’opérationnalisation pleine et entière de la volonté politique visant à généraliser des cantines scolaires locales, durables et nutritives.
Dans cette perspective, la Stratégie nationale d’alimentation scolaire (SNAS) constitue une opportunité majeure. En établissant un cadre clair, cohérent et aligné sur les priorités nationales, elle offre aux partenaires techniques et financiers une base solide pour accompagner le gouvernement dans la mise en œuvre d’interventions d’alimentation scolaire structurantes.
Aucun enfant ne devrait avoir à choisir entre apprendre et se nourrir. Construire un Cameroun prospère commence par nourrir ceux qui construiront son avenir. Nourrir les enfants n’est pas un coût, c’est un choix de société.
Cécile Patricia Ngo Sak, Spécialiste en nutrition – FAO Cameroun


