Yaoundé retrouve, à pas pressés, des allures de capitale en chantier… achevé. Le tronçon reliant le carrefour MECC au carrefour Mvog Betsi, dans l’arrondissement de Yaoundé VI, est désormais ouvert à la circulation. Seulement 14 jours après le lancement des travaux de réhabilitation, l’ouvrage a été officiellement livré ce 10 avril 2026 au maire de la ville, Luc Messi Atangana.
Une célérité qui interroge autant qu’elle impressionne. Car si les riverains saluent la qualité et la rapidité d’exécution des travaux, nombreux sont ceux qui y voient surtout un sursaut tardif, provoqué par un événement exceptionnel : l’annonce de la visite imminente du souverain pontife, Pape Léon XIV, au Cameroun.
Une ville soudainement transformée
Depuis plusieurs semaines, la capitale camerounaise est en effervescence. Routes rafistolées, chaussées réhabilitées, trottoirs nettoyés, marquages routiers rafraîchis… Yaoundé se refait une beauté à un rythme rarement observé. Le tronçon MECC – Mvog Betsi en est l’illustration parfaite : un chantier mené tambour battant, là où d’autres projets similaires traînent habituellement sur des mois, voire des années.
Ce regain d’efficacité laisse penser que la pression liée à l’accueil d’une personnalité d’envergure mondiale agit comme un catalyseur sur des administrations parfois engourdies.

Le révélateur d’un malaise structurel
Derrière cette soudaine mobilisation se cache en réalité un malaise plus profond : celui de la gouvernance urbaine et de la gestion des infrastructures dans la capitale. Il aura fallu l’annonce d’une visite papale pour que certains responsables sortent de leur torpeur et enclenchent, en urgence, des travaux pourtant attendus depuis longtemps par les populations.
Le cas du tronçon passant par Madagascar reste encore dans toutes les mémoires. Un épisode marqué par des tensions ouvertes entre la ministre de l’Habitat et du Développement urbain, Célestine Ketcha Courtès, et le maire de la ville, Luc Messi Atangana. La première reprochant au second une lenteur et un manque d’engagement dans l’exécution des travaux, au point de rendre visible un conflit inhabituel entre deux hauts responsables de l’État.
Une embellie passagère ?
Aujourd’hui, Yaoundé affiche fière allure. Les axes stratégiques se modernisent, la circulation s’améliore et l’image de la ville se redore. Mais une question demeure sur toutes les lèvres : cette dynamique survivra-t-elle au départ du Pape ?
Car pour de nombreux observateurs, cette frénésie ressemble davantage à une opération de circonstance qu’à une véritable politique durable d’entretien et de modernisation des infrastructures urbaines.
Le risque est donc réel de voir la capitale retomber dans ses travers habituels, une fois les projecteurs internationaux éteints.
Entre foi et responsabilité
Si certains n’hésitent pas à parler, avec ironie, d’un « miracle administratif » provoqué par le passage du Saint-Père, d’autres y voient surtout un rappel cinglant : lorsque la volonté politique est au rendez-vous, les résultats peuvent être rapides et visibles.
Reste à espérer que ce “feu du Saint-Esprit”, qui semble aujourd’hui réveiller les consciences et accélérer les décisions, ne s’éteigne pas aussitôt après la visite papale. Car au-delà de l’événement, c’est bien le quotidien des citoyens qui est en jeu.
Martin Donald NGANE




