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Financement de la vaccination : le Cameroun face à l’urgence de se prendre à main 

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Le problème est désormais clairement posé : le Cameroun n’a plus le luxe de dépendre durablement des financements extérieurs pour assurer la vaccination de sa population. À mesure que les partenaires internationaux se retirent, le pays fait face à une équation budgétaire de plus en plus complexe, où chaque retard de financement peut fragiliser tout le système de santé.

D’après le Programme Elargi de Vaccination (PEV), en 2026 près de 7 milliards de FCFA sont nécessaires pour garantir l’approvisionnement en vaccins. Un montant qui, à lui seul, cristallise les tensions actuelles. Sur cette enveloppe, plus de 5 milliards de FCFA sont consacrés au cofinancement des nouveaux vaccins avec Gavi, l’Alliance du Vaccin, tandis que les vaccins traditionnels comme le BCG, la polio ou le tétanos sont désormais entièrement à la charge de l’État.

Une dépendance encore critique

Malgré des efforts croissants, le Cameroun reste dépendant à près de 60 % des financements extérieurs pour son programme de vaccination. Une situation de plus en plus intenable dans un contexte où les appuis internationaux diminuent progressivement.
Classé parmi les pays à revenu intermédiaire, le Cameroun est engagé dans une phase de transition accélérée qui doit conduire, d’ici 2030, à un désengagement quasi total des partenaires comme Gavi. L’objectif est de porter la contribution nationale à au moins 50 % du financement global. Mais entre ambition politique et réalité budgétaire, l’écart reste important.

Le noeux du problème : des financements disponibles mais peu accessibles

Au-delà du volume des ressources, c’est leur accessibilité qui pose problème. Les crédits existent dans les lois de finances, mais leur mise à disposition effective est souvent tardive. Ce décalage crée des ruptures dans la chaîne d’approvisionnement, ralentit les campagnes de vaccination et expose les populations à des risques sanitaires évitables.
Ce dysfonctionnement structurel traduit une faiblesse dans la gestion des finances publiques appliquées au secteur de la santé. À terme, il remet en cause la crédibilité même de la stratégie vaccinale nationale.

Une pression financière aggravée par les nouveaux vaccins

La situation est d’autant plus préoccupante que la facture vaccinale continue d’augmenter. L’introduction de vaccins innovants, notamment contre le paludisme ou le cancer du col de l’utérus, renchérit considérablement les coûts.
Ainsi, au moment même où les financements extérieurs diminuent, les besoins, eux, explosent. Cette double contrainte place l’État face à des arbitrages difficiles dans un contexte budgétaire déjà tendu.

Prévenir coûte moins cher, mais reste sous-financé

Pourtant, les données économiques sont sans appel : investir dans la vaccination permet de réduire significativement les problèmes de santé à long terme. Chaque franc CFA injecté dans la prévention permettrait d’économiser jusqu’à dix francs en soins curatifs.
Malgré cette rentabilité avérée, la vaccination ne bénéficie pas encore d’un financement suffisamment sécurisé. En cas de défaillance, ce sont les ménages qui absorbent le choc, avec des dépenses de santé parfois catastrophiques.

Des pistes de solution encore fragiles

Face à cette situation, plusieurs leviers sont évoqués pour éviter une crise sanitaire à moyen terme. La principale piste reste la « sanctuarisation » des financements de la vaccination dans le budget de l’État, afin de garantir leur disponibilité effective.

D’autres solutions incluent :
une implication accrue des parlementaires dans la protection des crédits de santé ;
une contribution plus active des collectivités territoriales décentralisées dans la logistique vaccinale ;
et un renforcement de la lutte contre la désinformation, qui réduit la demande en vaccination et affaiblit l’efficacité des investissements publics.

Un diagnostic confirmé sur le terrain

Ces constats ont été largement partagés et approfondis lors d’un atelier tenu à Yaoundé le 16 avril 2026 par le Service d’Appui aux Initiatives Locales de Développement (SAILD), réunissant acteurs de la santé et communicateurs. Les échanges entre les membres du SAILD, le Secrétaire Permanent du PEV, et les professionnels de médias ont permis de mettre en lumière l’ampleur des défis, mais aussi l’urgence d’une réponse coordonnée.

Plus qu’un simple cadre de discussion, cette rencontre a permis de s’accorder sur le fait que le Cameroun est à un tournant décisif de sa politique vaccinale.

Une urgence de souveraineté sanitaire

Il faut reconnaitre que la question du financement de la vaccination dépasse le seul cadre sanitaire. Elle renvoie à la capacité du pays à assurer de manière autonome la protection de sa population.
Sans réforme profonde du système de financement et sans engagement budgétaire fort, le risque est réel de voir réapparaître des maladies pourtant évitables.
Dans ce contexte, la vaccination s’impose comme un test grandeur nature de la souveraineté sanitaire du Cameroun : un test que le pays ne peut se permettre d’échouer.

 

Martin Donald Ngane

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