Le secteur minier camerounais est engagé dans une profonde transformation. Longtemps considéré comme un domaine à fort potentiel mais faiblement valorisé, il amorce aujourd’hui une nouvelle phase de son développement marquée par le démarrage de grands projets structurants et une réforme ambitieuse du secteur aurifère.
Cette nouvelle dynamique a été présentée lors d’un point de presse conjoint animé par le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (ai), le Pr FUH Calistus Gentry, et le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi. Placée sous le thème « Le nouveau visage du secteur minier camerounais : démarrage des grands projets miniers et restructuration du secteur aurifère », cette communication gouvernementale a permis de faire le point sur les avancées réalisées et les perspectives du secteur.
Le Cameroun entre dans le cercle des pays producteurs miniers
Selon le MINMIDT, l’année 2025 constitue un tournant historique pour le Cameroun avec la mise en production de cinq grands projets miniers. Ces réalisations traduisent la volonté des pouvoirs publics de faire du secteur extractif un levier majeur de croissance économique, de création d’emplois et de développement des infrastructures.
Les projets concernés sont le gisement de fer de Bipindi-Grand-Zambi, le projet de fer de Kribi-Lobé, le projet industriel de bauxite de Minim-Martap dans la région de l’Adamaoua, le projet industriel de marbre de Bidzar ainsi que le projet aurifère de Colomine.
Ces investissements devraient accroître significativement la production nationale, favoriser l’émergence d’activités industrielles connexes et renforcer l’attractivité du Cameroun auprès des investisseurs du secteur minier.
À ces projets déjà engagés s’ajoutent d’autres perspectives prometteuses, notamment les gisements de fer de Mbalam, Nkout et Ngovayang, ainsi que les projets aurifères de Mborguéné et de Bibemi.
Une restructuration profonde du secteur aurifère
Parallèlement au lancement des grands projets, le Gouvernement a entrepris une restructuration du secteur aurifère afin de mieux encadrer les activités d’exploitation, renforcer la transparence et garantir une plus grande contribution du secteur aux finances publiques.
Adossée aux dispositions du nouveau Code minier, cette réforme repose sur plusieurs mesures destinées à améliorer la gouvernance du secteur.
Parmi les innovations majeures figure l’instauration d’une caution environnementale obligatoire de 63 millions de FCFA par site d’exploitation. Cette mesure vise à garantir la réhabilitation des zones exploitées et à réduire les impacts environnementaux liés aux activités minières.
Les autorités entendent également renforcer la participation nationale dans l’exploitation des ressources minières. À cet effet, les entreprises sollicitant une autorisation d’exploitation semi-mécanisée devront respecter l’exigence légale imposant aux Camerounais de détenir au moins 51 % du capital social.
Sur le plan fiscal, le dispositif prévoit un impôt synthétique minier libératoire de 25 %, un droit de sortie de 5 % ainsi qu’une contribution de 1 % au Fonds de mise en œuvre de la politique minière.
Lutter contre la sous-déclaration de la production
L’un des enjeux majeurs de la réforme concerne la maîtrise des volumes réellement produits et exportés.
Face aux interrogations récurrentes sur la supposée disparition de l’or, les autorités ont tenu à clarifier la situation. Selon les données présentées, le principal problème ne résiderait pas dans une disparition des ressources appartenant à l’État, mais plutôt dans une insuffisance des déclarations effectuées par certains opérateurs.
Cette sous-déclaration aurait pour conséquence une réduction des recettes issues de l’impôt synthétique minier et des taxes à l’exportation, privant ainsi le Trésor public de ressources importantes.
Pour corriger ces dysfonctionnements, le Gouvernement prévoit un renforcement des mécanismes de contrôle sur les sites de production, une meilleure traçabilité de l’or tout au long de la chaîne de valeur et un suivi plus rigoureux des opérations de traitement du minerai.
Des seuils minimaux de production ont également été fixés. Les sites disposant de 15 bôles devront produire au moins cinq kilogrammes d’or par mois, ceux équipés de 20 bôles devront atteindre sept kilogrammes, tandis que les sites dotés de 30 bôles seront tenus de produire au minimum dix kilogrammes mensuellement.
Modernisation technologique et protection de l’environnement
La réforme prévoit aussi une modernisation des techniques d’exploitation et de traitement du minerai.
Les opérateurs disposent désormais d’un délai de six mois pour migrer vers des systèmes de lixiviation en vase clos. Cette technologie permet non seulement de réduire les risques de pollution, mais également d’améliorer le contrôle des quantités réellement récupérées lors du processus d’extraction.
Les nouvelles dispositions imposent en outre un suivi renforcé des bassins de lixiviation afin de mieux évaluer les rendements et de garantir une exploitation plus responsable des ressources.
Clarification des responsabilités institutionnelles
La restructuration engagée vise également à mieux définir les rôles des différentes administrations intervenant dans la filière aurifère.
Le MINMIDT demeure l’autorité chargée de l’élaboration et du contrôle de la politique minière. Il assure la délivrance des titres, le suivi de la réglementation ainsi que la certification des exportations.
La SONAMINES est pour sa part responsable du suivi des opérations de production, de la collecte de la quote-part revenant à l’État et du contrôle de la commercialisation des substances précieuses issues de l’exploitation artisanale et semi-mécanisée.
Les administrations fiscales et douanières assurent quant à elles le contrôle des recettes et la conformité des opérations d’exportation.
Vers une industrie minière plus performante
Les opérations d’assainissement menées sur le terrain ont permis d’identifier plus de 200 sociétés exerçant sans autorisation ou sans titre régulier. Cent trente-sept dossiers ont déjà été transmis aux juridictions compétentes, tandis qu’un mécanisme de régularisation est envisagé pour les opérateurs désireux de se conformer à la réglementation.
À travers cette réforme, le Gouvernement ambitionne de formaliser les activités minières, d’améliorer les recettes fiscales, de renforcer les réserves nationales d’or et de préparer progressivement la transition vers une véritable industrie aurifère moderne.
Au-delà de la seule exploitation des ressources, l’objectif est de faire du secteur minier un moteur durable de croissance, capable de générer davantage de richesses, d’emplois et d’opportunités pour les populations camerounaises, tout en préservant l’environnement et les intérêts des générations futures.


