La 8ᵉ édition du Grand événement technologique et entrepreneurial du Cameroun (GETEC) s’est ouverte au Monument de l’Indépendance, avec une ambition clairement affichée : faire du génie estudiantin un véritable levier de transformation économique et industrielle.Le Monument de l’Indépendance a servi de cadre, ce mardi, à l’ouverture de la 8ᵉ édition du GETEC 2026. Placée sous le thème « L’université entrepreneuriale au cœur de la SND30 : propulser le génie estudiantin vers la normalisation industrielle et l’émergence des champions nationaux », cette édition réunit de nombreuses universités publiques ainsi que plusieurs acteurs de l’écosystème entrepreneurial et technologique camerounais.
Au-delà de l’exposition des innovations issues des établissements d’enseignement supérieur, le GETEC 2026 entend poser une question centrale : comment transformer le savoir produit dans les universités en solutions concrètes, en entreprises viables et, à terme, en champions nationaux capables de contribuer à l’industrialisation du Cameroun ?
Du savoir au savoir-faire : le nouveau visage de l’université camerounaise
Intervenant sur la place de l’université dans la transformation économique du pays, le ministre de l’Enseignement supérieur a rappelé que l’indépendance ne saurait se limiter à sa dimension politique. Elle doit également être envisagée sous l’angle de la souveraineté du savoir, articulée autour de trois dimensions : le savoir savant, le savoir-faire et le savoir-être.
Pour cette édition du GETEC, l’accent est particulièrement mis sur le savoir-faire. Une orientation qui traduit la volonté de rapprocher davantage l’université du monde de l’entreprise et des réalités productives.
Cette vision s’inscrit dans le nouveau paradigme consacré par la Loi d’orientation de l’enseignement supérieur du 25 juillet 2023, qui érige l’université camerounaise en institution entrepreneuriale et fait émerger la figure de l’étudiant-entrepreneur.
L’objectif est désormais de dépasser la conception traditionnelle d’une université essentiellement tournée vers la transmission des connaissances, pour faire de celle-ci un espace où le savoir peut être transformé en innovation, en propriété intellectuelle, en produits et en entreprises.
Le GETEC apparaît ainsi comme l’une des vitrines de cette mutation.
Le GETEC, une vitrine de l’innovation et de la certification
Présentant la marque GETEC, le professeur Désiré Avom, doyen de la Faculté des sciences économiques et de gestion de l’Université de Yaoundé II, a mis en lumière la portée institutionnelle de cette plateforme.
Le GETEC se positionne comme un label institutionnel de référence, offrant notamment une vitrine aux innovations et aux initiatives entrepreneuriales issues du milieu universitaire. Il constitue également un cadre permettant de valoriser les compétences des étudiants et de favoriser leur accès à des mécanismes de certification et d’accompagnement.
L’enjeu est donc de créer une passerelle plus solide entre l’université, l’entreprise, les institutions publiques et le marché.
Car si les campus camerounais regorgent d’idées et de prototypes innovants, l’un des principaux défis demeure leur passage à l’échelle. Transformer une bonne idée en entreprise rentable, capable de produire en quantité, de respecter les normes et de conquérir des marchés constitue encore une étape déterminante.
Le défi du financement et du passage de la startup à l’entreprise
La question du financement demeure au cœur des préoccupations. Si d’importants efforts sont consentis par les pouvoirs publics, les acteurs de l’écosystème entrepreneurial soulignent la nécessité d’accroître et de diversifier les mécanismes de financement destinés aux étudiants entrepreneurs et aux jeunes entreprises.
À ce titre, le ministre des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat a réaffirmé le soutien de son département ministériel aux incubateurs et aux juniors entreprises des universités et grandes écoles.
À l’issue de l’édition 2025, 22 juniors entreprises ont ainsi bénéficié d’un accompagnement pour une enveloppe globale de 450 millions de FCFA. Ces financements ont ciblé plusieurs secteurs stratégiques, notamment l’agro-industrie, le numérique, la transformation du bois, l’agroalimentaire, le BTP et les services.
Les subventions, comprises entre 8 et 45 millions de FCFA selon la pertinence et l’envergure des projets, ont été attribuées à des étudiants entrepreneurs issus notamment de l’ENSAI de Ngaoundéré, du College of Technology de Buea, des ENSP de Yaoundé et de Maroua, de l’Université de Dschang, de l’Université Inter-États de Sangmélima et de l’ENSTP de Yaoundé.
Pour 2026, le gouvernement entend reconduire cet accompagnement à hauteur de 450 millions de FCFA, répartis autour de trois axes : l’acquisition de machines et équipements de production, l’accès aux normes, certificats de conformité et brevets, ainsi que l’appui à la montée en échelle des juniors entreprises.
Une démarche qui vise à résoudre l’un des principaux obstacles rencontrés par les jeunes entreprises : le passage de l’innovation artisanale ou expérimentale à une production industrielle compétitive.
Produire localement pour réduire la dépendance aux importations
Le GETEC 2026 s’inscrit également dans la logique d’import-substitution portée par la Stratégie nationale de développement 2020-2030.
Pour les participants, l’enjeu est de faire en sorte que les produits imaginés et développés dans les laboratoires et les incubateurs universitaires puissent être effectivement fabriqués au Cameroun, en quantité suffisante et selon les standards requis.
La montée en gamme constitue dès lors une priorité. Il ne suffit plus de produire un prototype fonctionnel : il faut pouvoir industrialiser, normaliser, certifier et commercialiser.
Cette problématique revêt une importance particulière dans un pays confronté à un déficit commercial structurel et qui continue d’importer de nombreux biens susceptibles, au moins en partie, d’être produits localement.
En rapprochant les innovations universitaires des besoins de l’économie nationale, le GETEC pourrait ainsi contribuer à faire de l’université un acteur à part entière de la politique d’industrialisation.
Des enjeux économiques, sociaux et industriels
Les enjeux portés par le GETEC dépassent largement le cadre académique.
Sur le plan économique, la valorisation des innovations locales peut contribuer à réduire la facture des importations, stimuler la production nationale et créer de nouvelles sources de revenus.
Sur le plan social, l’entrepreneuriat étudiant apparaît comme une réponse possible à la problématique du chômage et du sous-emploi des jeunes. En transformant les étudiants en créateurs de solutions et d’entreprises, l’université peut devenir un espace de création d’emplois plutôt qu’un simple lieu de préparation à l’emploi salarié.
L’impact industriel est également majeur. Le défi consiste à renforcer les capacités productives du pays et à favoriser l’émergence d’entreprises capables de s’insérer dans les chaînes de valeur nationales et internationales.
L’objectif affiché par les programmes d’accompagnement va dans ce sens. Les financements accordés aux juniors entreprises devraient, à terme, contribuer à la création de 900 emplois directs et indirects et générer plus de 1,5 milliard de FCFA de chiffre d’affaires.
Technologie, environnement et économie circulaire
Le GETEC porte enfin une dimension technologique et environnementale.
La transformation des prototypes académiques en produits commercialisables constitue l’un des défis majeurs de l’écosystème. Il s’agit de faire passer l’innovation du laboratoire au marché, en tenant compte des contraintes de production, de qualité, de coût et de compétitivité.
Par ailleurs, les innovations présentées doivent de plus en plus intégrer les exigences liées à la protection de l’environnement et à l’économie circulaire. La valorisation des déchets, l’utilisation rationnelle des ressources et la conception de produits durables constituent autant de pistes susceptibles de renforcer la pertinence des solutions développées par les jeunes innovateurs.
Vers une véritable université-entreprise
À travers cette 8ᵉ édition, le GETEC se présente donc comme bien plus qu’un salon consacré aux innovations estudiantines. Il constitue un espace de réflexion et de démonstration autour d’un changement de paradigme : celui d’une université pleinement intégrée au processus de transformation économique du pays.
Le défi est désormais de faire converger le savoir, l’innovation, le financement, la normalisation et l’accès au marché.
L’ambition est claire : faire en sorte que les idées nées dans les universités camerounaises ne restent pas au stade de prototypes ou de travaux académiques, mais deviennent des produits compétitifs, des entreprises durables et, pour certaines, de véritables champions nationaux.
À l’heure où le Cameroun cherche à accélérer son industrialisation, à réduire sa dépendance aux importations et à créer davantage d’emplois pour sa jeunesse, le GETEC 2026 entend ainsi placer l’université au cœur de la bataille pour la souveraineté productive et technologique.


