Face au coût des matériaux conventionnels, au déficit de logements et aux contraintes climatiques, ASSOAL mise sur la professionnalisation de la construction en terre crue. À Yaoundé, artisans, producteurs et concepteurs sont réunis du 26 au 31 octobre 2026 pour renforcer la qualité technique de cette filière et l’adapter aux exigences de l’habitat urbain.
La terre crue veut sortir de l’image d’un matériau réservé à l’habitat traditionnel pour s’imposer dans la ville. C’est l’un des principaux enjeux de l’atelier de formation professionnelle ouvert ce lundi 26 octobre à Yaoundé par l’association ASSOAL, dans le cadre du projet PALS 4, consacré à la promotion d’une construction écologique de logements et à l’inclusion foncière des ménages urbains et périurbains vulnérables au Cameroun.
Organisée avec le Ministère de l’Habitat et du Développement urbain (MINHDU), Misereor et Brique d’Afrique, la session réunit notamment des briquetiers, maçons, artisans constructeurs, entrepreneurs et professionnels de la conception. Durant six jours, théorie et pratique doivent permettre de mieux maîtriser la sélection des terres, le dosage, la fabrication des briques, leur résistance ainsi que les techniques de mise en œuvre.
Une première journée sous le signe des échanges
Dès l’ouverture, les participants ont été placés au cœur des travaux. Les échanges interactifs ont permis de confronter les expériences des producteurs de briques, des constructeurs et des concepteurs, trois maillons appelés à travailler ensemble pour améliorer la qualité des ouvrages en terre.
Pour Achille Noupéou, chef de projet à ASSOAL, l’enjeu est d’abord de renforcer les compétences existantes.
« Nous attendons que les participants puissent être outillés, améliorer leurs compétences en termes de choix de la terre, de dosage et d’approche de construction, surtout en milieu urbain »,

explique-t-il.
La problématique foncière impose également de repenser la manière de construire. Pour le responsable, il faut désormais « éviter l’étalage, aller plutôt en hauteur pour gagner en espace ».
Alexandre Douline : capitaliser sur l’expérience camerounaise
Invité par ASSOAL, Alexandre Douline, consultant pour Misereor et associé au laboratoire CRAterre-ENSAG, apporte à cette formation une trentaine d’années d’expérience de la construction en terre en Afrique. Il a notamment travaillé sur des projets de reconstruction au Liberia et en Angola ainsi que sur des initiatives d’habitat destinées aux populations vulnérables dans plusieurs pays africains.
À Yaoundé, sa démarche consiste aussi à valoriser les compétences déjà présentes au Cameroun.
« Je souhaite qu’ici les Camerounais qui ont déjà plus de trente ans d’expérience dans la construction en bloc de terre comprimée stabilisée puissent échanger. Je serai là pour écouter et orienter afin qu’il y ait des effets multiplicateurs, davantage de rendement à la production et de qualité »,

souligne-t-il.
Le défi porte notamment sur la régularité des briques, leur résistance, leurs dimensions et leur mise en œuvre. Alexandre Douline pousse également la réflexion vers la construction verticale : des bâtiments R+1 en murs porteurs lorsque les conditions techniques le permettent, mais aussi l’intégration de la terre dans des structures en béton armé de plusieurs niveaux.
« Bas carbone ne veut pas dire bas de gamme »
Les échanges de la première journée ont également mis en lumière un autre obstacle : celui des perceptions. Une participante a ainsi soulevé la nécessité de disposer d’arguments suffisamment solides pour convaincre aussi bien les professionnels que les futurs occupants.
Elle plaide pour une meilleure maîtrise des « mécanismes d’optimisation de production des briques de terre » afin de favoriser leur utilisation dans les projets de logements sociaux. Mais surtout, insiste-t-elle, il faut pouvoir démontrer que « les logements bas carbone ne sont pas des logements bas de gamme ».

Une question centrale dans un contexte où la construction en terre reste parfois associée à un habitat précaire. Pour les participants, la réponse passe autant par la qualité technique des ouvrages que par la sensibilisation des ménages aux performances environnementales et thermiques du matériau.
De la formation à une filière structurée
Pour ASSOAL, les six jours de travaux doivent donc aller au-delà du transfert de connaissances. L’ambition est de rapprocher les producteurs de briques, les artisans constructeurs et les concepteurs afin de constituer un réseau professionnel capable de répondre à une demande croissante.
« Au terme de cet atelier, nous souhaitons que tous ces acteurs puissent se mettre ensemble, créer un réseau afin de pouvoir répondre à la demande qui est de plus en plus large pour l’accès au logement », indique Achille Noupéou.

Le responsable constate déjà une évolution des perceptions : « Progressivement, il y a quand même un intérêt. Mais le travail que nous faisons, c’est d’amener les Camerounais à s’orienter davantage vers les constructions en briques de terre, car elles sont écologiques, bas carbone et à des coûts très abordables sur le marché. »
Entre amélioration des techniques, recherche de qualité, construction en hauteur et changement des mentalités, l’atelier de Yaoundé pose ainsi les bases d’un défi plus large : faire de la terre crue non plus une solution par défaut, mais une véritable option technique pour produire un habitat urbain durable et abordable au Cameroun.
Martin Donald NGANE



