Les organisations de défense des droits des femmes et des enfants dénoncent la réduction de 60 à 19 articles de l’avant-projet de loi sur les violences basées sur le genre. Elles réclament leur implication effective dans la suite du processus et plaident pour un texte à la hauteur des enjeux de protection des femmes et des filles.
La société civile ne veut pas d’une loi de façade dans la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) au Cameroun. C’est le message porté par l’Association camerounaise des femmes juristes (ACAFEJ) et l’Association de lutte contre les violences faites aux femmes (ALVF), le 2 novembre 2026, à l’Hôtel des Députés de Yaoundé. À travers une communication consacrée à l’évolution du processus d’élaboration de l’avant-projet de loi relatif aux violences basées sur le genre, les deux organisations, aux côtés d’autres acteurs de la société civile, ont exprimé leurs préoccupations face aux modifications apportées au texte initialement adopté de manière consensuelle à Ebolowa.
Cette sortie intervient dans un contexte marqué par la recrudescence des féminicides au Cameroun. Selon les chiffres présentés par les organisations, 56 cas ont été enregistrés en 2024, 74 en 2025 et près de 70 depuis le début de l’année 2026. Une évolution préoccupante qui, selon elles, témoigne de l’urgence de mettre en place un dispositif juridique spécifique, cohérent et suffisamment contraignant pour prévenir et réprimer les violences faites aux femmes et aux filles.
Un processus participatif remis en question
Les organisations de la société civile reconnaissent et saluent l’initiative de la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, le Pr Marie-Thérèse Abena Ondoa, qui avait engagé, en novembre 2023, le processus d’élaboration d’un avant-projet de loi consacré à la lutte contre les violences subies par les femmes et les filles.
Cette démarche répondait à une revendication portée depuis plusieurs années par les organisations féminines, notamment sous le leadership de l’ALVF et de l’ACAFEJ. Un premier projet similaire avait déjà été proposé sans obtenir le soutien du gouvernement.
La nouvelle dynamique avait permis d’engager un processus participatif associant plusieurs parties prenantes, notamment les services de la Primature, les administrations concernées, le Barreau, les organisations de la société civile et les partenaires au développement.
Les travaux organisés à Ebolowa avaient ainsi abouti à l’adoption consensuelle d’un avant-projet intitulé « Draft Bill on Combating Gender-Based Violence ». Composé d’une soixantaine d’articles, ce document prévoyait notamment des procédures judiciaires expéditives, un traitement équitable des victimes ainsi que des mécanismes de prévention et de protection.
Cependant, les organisations dénoncent un changement majeur intervenu lors de la transmission du document à la Primature. Le texte initial de 60 articles aurait été ramené à seulement 19 articles, sans que cette nouvelle version reflète, selon elles, les conclusions des travaux d’Ebolowa.
Face à cette situation, les OSC indiquent avoir transmis des observations et des propositions d’amélioration après avoir pris connaissance de la nouvelle mouture. Elles réaffirment toutefois leur attachement au document initial, qu’elles considèrent comme le seul texte ayant bénéficié d’un véritable consensus entre les différentes parties prenantes.
La société civile réclame une place dans le processus décisionnel
Au-delà des divergences sur le contenu du document, les organisations de défense des droits des femmes et des enfants revendiquent une participation effective à toutes les étapes restantes de son élaboration. Pour elles, la société civile ne saurait être simplement consultée à titre symbolique sur une question pour laquelle elle mène un plaidoyer depuis plusieurs années.
« Les femmes ne veulent pas d’une simple loi cosmétique, d’une loi de façade », préviennent-elles dans leur déclaration.
Elles estiment qu’une législation spécifique constitue un pilier essentiel de la protection des femmes et des filles, à condition qu’elle prenne en compte les réalités vécues par les victimes, prévoie des mécanismes efficaces de prévention et garantisse une réponse judiciaire adaptée.
Dans cette perspective, deux principales requêtes ont été formulées. La première consiste à reprendre les discussions sur la base du projet de loi consensuel adopté à Ebolowa. La seconde porte sur l’intégration des organisations désignées par la société civile dans les discussions, tout au long des étapes conduisant à l’adoption du projet de loi.
Les organisations entendent également demander au ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille de rendre compte de l’évolution du processus, des démarches déjà entreprises et des prochaines étapes envisagées. Une manière de renforcer la transparence et de maintenir les acteurs de la société civile au cœur du suivi de cette réforme.
Un plaidoyer à l’approche des 16 jours d’activisme
Le choix du 2 novembre pour cette communication n’est pas anodin. Il s’inscrit dans la perspective du lancement de la campagne internationale des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre, qui constitue chaque année un moment fort de mobilisation et de sensibilisation.
À travers cette prise de position, l’ACAFEJ, l’ALVF et les autres organisations engagées dans ce combat interpellent les pouvoirs publics, les décideurs et l’ensemble des parties prenantes sur la nécessité de faire aboutir une réforme législative ambitieuse.
Leur objectif est clair : doter le Cameroun d’une loi spécifique, inclusive et véritablement protectrice, capable de répondre à l’ampleur des violences faites aux femmes et aux filles. Pour la société civile, l’enjeu dépasse l’adoption d’un simple texte juridique. Il s’agit de garantir aux victimes une protection réelle et de faire de la lutte contre les violences basées sur le genre une priorité effective de l’action publique.


