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Cameroun-GEO-CACAO : les producteurs veulent reprendre la main sur la valeur de leur cacao

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Réunis le 30 octobre 2026 à Yaoundé pour la première Assemblée générale de GEO-CACAO, producteurs, responsables de coopératives et de GIC, experts et acteurs de la filière ont posé les bases d’une nouvelle organisation destinée à renforcer le poids des cacaoculteurs dans la chaîne de valeur. Au centre des résolutions : la mise en place d’un Guichet unique des producteurs, appelé à fédérer les bassins de production et à mieux défendre leurs intérêts.

Le message a résonné avec force à Yaoundé : « Travailleurs du monde rural, unissons-nous. » Derrière cet appel lancé par Philémon Ntyam Ntyam, Administrateur Directeur Général de GEO-CACAO, se dessine une ambition : redonner aux producteurs une place déterminante dans une filière dont ils constituent le premier maillon, sans toujours peser suffisamment sur les mécanismes de commercialisation et de fixation des prix.

La première Assemblée générale de GEO-CACAO, tenue le 30 octobre dans la capitale camerounaise, a ainsi dépassé le cadre d’une cérémonie protocolaire. Masterclass, échanges entre producteurs, experts, responsables de coopératives et de Groupes d’initiative commune (GIC) ont permis de confronter les difficultés rencontrées sur le terrain aux solutions susceptibles d’améliorer durablement les revenus des cacaoculteurs.

Un Guichet unique pour peser dans les négociations

Pour Philémon Ntyam Ntyam, la dispersion des producteurs fragilise leur capacité à défendre leurs intérêts face aux autres acteurs économiques de la chaîne.

« Il n’est pas normal que le producteur reste l’enfant pauvre de sa propre ressource », martèle l’Administrateur Directeur Général. Son objectif est de bâtir une organisation capable de fédérer les différents bassins de production afin de donner davantage de poids aux cacaoculteurs dans les négociations.

C’est dans cette logique que GEO-CACAO entend mettre en place un Guichet unique des producteurs. La structure devra servir de cadre de concertation et permettre aux producteurs de mieux s’organiser autour de la commercialisation de leur cacao.

« Nous voulons que désormais les producteurs soient au centre de la vente de leurs produits, que ce ne soit plus uniquement une affaire de gré à gré, mais qu’il y ait une concertation au niveau de l’ensemble des producteurs »,

explique Philémon Ntyam Ntyam.

L’Administrateur Directeur Général avance également un chiffre particulièrement sensible : selon lui, le cacaoculteur ne capterait aujourd’hui que « 6 %, moins de 7 % » de la valeur réelle du cacao. Une estimation présentée au cours des échanges pour illustrer la nécessité, selon GEO-CACAO, de rééquilibrer le partage de la valeur. L’organisation veut ainsi renforcer la capacité de négociation des producteurs plutôt que les maintenir isolés face aux opérateurs disposant d’une puissance financière supérieure.

James Onobiono salue l’initiative

Invité à cette première Assemblée générale, le capitaine d’industrie James Onobiono a insisté sur le poids stratégique du cacao dans l’économie camerounaise et sur la nécessité de structurer davantage ceux qui le produisent.

« Ma première réaction, c’est de féliciter les initiateurs de ce projet », a-t-il déclaré à l’issue de la cérémonie protocolaire.

Pour lui, la libéralisation de la filière a également laissé apparaître des faiblesses dans l’organisation collective des producteurs privés. D’où son intérêt pour l’initiative portée par GEO-CACAO.

« Les producteurs devaient être organisés. Bien sûr, l’État est là, il y a une administration, mais les producteurs privés étaient un peu désorganisés après la libéralisation »,

relève-t-il, avant d’expliquer que cette volonté de structuration justifie son soutien au projet.

Du Mbam-et-Kim, Christian Bissé appelle les producteurs à rejoindre le mouvement

Dans les bassins de production, l’initiative trouve également un écho. Christian Bissé, producteur et fils de Mbangassina, dans le département du Mbam-et-Kim, souhaite voir les cacaoculteurs de cette partie de la région du Centre prendre toute leur place dans la dynamique.

Après des échanges avec les responsables du projet et une descente à Mbangassina, il dit avoir entrepris de mobiliser d’autres acteurs locaux de la filière.

« J’invite les frères du Mbam-et-Kim, notamment de l’arrondissement de Mbangassina, à venir rejoindre GEO-CACAO parce que c’est un organisme qui va défendre les intérêts des cacaoculteurs à toutes les échelles »,

lance-t-il.

Son plaidoyer dépasse la seule commercialisation. Il évoque également les besoins de formation, de recyclage et d’amélioration des techniques culturales. Pour lui, un bassin aussi important que le Mbam-et-Kim doit faire entendre sa voix dans les débats nationaux sur l’avenir de la filière.

« Dans la République, on ne saurait parler cacao sans qu’il y ait les représentants de Mbangassina, du Mbam-et-Kim, Ngoro, Yoko, Ntui et autres », insiste Christian Bissé.

La délégation congolaise attentive à l’expérience camerounaise

La rencontre a aussi enregistré une participation venue de l’extérieur du Cameroun. Une délégation congolaise présente aux travaux entend tirer les enseignements des décisions prises à Yaoundé et maintenir les échanges avec les acteurs camerounais.

« Nous voudrons nous imprégner de ce qui se décidera ici pour qu’on soit en synergie avec le Cameroun », a indiqué l’un de ses représentants.

Singha Judicael, Représentant cacaoculteurs du Congo

La délégation envisage déjà la poursuite de cette dynamique, avec la perspective d’une deuxième édition en 2027 ou 2028. Une ouverture qui pourrait favoriser le partage d’expériences entre producteurs et organisations de plusieurs pays africains.

Remettre le producteur au centre

Au terme des échanges, l’ambition affichée par GEO-CACAO tient en une idée : transformer la force numérique des producteurs en véritable pouvoir économique.

La création du Guichet unique constitue la principale résolution de cette première Assemblée générale. Il devra désormais faire ses preuves sur le terrain : fédérer les bassins, faciliter la concertation, renforcer l’accès à l’information et à la formation et, surtout, donner aux producteurs une voix plus forte au moment de négocier la vente de leur cacao.

Philémon Ntyam Ntyam résume le défi en une formule : « On va remettre la filière entre les mains des producteurs. »

À Yaoundé, GEO-CACAO a posé la première pierre. La prochaine bataille se jouera désormais dans les plantations, les coopératives et les grands bassins cacaoyers : convaincre les producteurs de s’organiser pour peser davantage sur une richesse qu’ils font naître chaque jour de la terre.

 

Martin Donald NGANE

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