Ce n’est un secret pour personne : à l’entame de la Coupe d’Afrique des Nations TotalEnergies 2025, les Lions Indomptables du Cameroun n’étaient pas attendus parmi les grands favoris. Qualifiés de justesse, traînant derrière eux une série de prestations jugées ternes, parfois inquiétantes, les Lions inspiraient plus de doutes que de certitudes. Même au sein de l’opinion publique camerounaise, l’optimisme semblait s’être émoussé au fil des contre-performances et des turbulences extra-sportives.
Pourtant, au fil des matchs, et surtout après la victoire décisive (2-1) face à l’Afrique du Sud le 4 janvier 2026, synonyme de qualification pour les quarts de finale, un vent nouveau semble souffler sur la tanière. Une victoire libératrice, presque cathartique, qui a replongé les supporters dans l’ivresse des grands soirs. Mais derrière l’euphorie, une question demeure : assiste-t-on à un simple sursaut circonstanciel ou à une véritable mutation structurelle des Lions Indomptables ?
Une équipe longtemps plombée par des maux profonds
Avant d’évoquer le renouveau, il convient de regarder lucidement le passé récent. Depuis plusieurs années, les Lions Indomptables semblaient prisonniers d’un cercle vicieux fait d’instabilité technique, de conflits d’ego, de pression institutionnelle et de défiance entre les différents acteurs du football camerounais. La tanière, jadis sanctuaire sacré, s’était progressivement transformée en espace sous tension permanente.
Ce climat délétère a inévitablement eu des répercussions sur le terrain : manque de cohésion, jeu décousu, leadership hésitant et joueurs souvent paralysés par l’enjeu plutôt que portés par le maillot.
Le rajeunissement : une prise de risque devenue opportunité
L’un des faits marquants de cette CAN 2025 reste le rajeunissement assumé de l’effectif. Longtemps réclamée, cette transition générationnelle semblait risquée dans une compétition où l’expérience est souvent présentée comme un gage de réussite. Pourtant, les jeunes Lions ont apporté ce qui manquait cruellement à l’équipe : de l’intensité, de l’audace et une faim de victoire palpable.

Des profils comme Bryan Mbeumo, Carlos Baleba ou encore Ntolo incarnent cette nouvelle dynamique. Leur volume de jeu, leur engagement sans calcul et leur capacité à se projeter rapidement vers l’avant ont redonné de la verticalité et de la lisibilité au jeu camerounais. Plus que des individualités brillantes, c’est une jeunesse solidaire qui s’exprime.
Samuel Eto’o et la question des réformes : influence directe ou effet différé ?
Impossible d’analyser cette renaissance sans évoquer la figure de Samuel Eto’o, président de la FECAFOOT. Pour certains observateurs, les performances actuelles seraient le fruit tardif des réformes engagées depuis son arrivée à la tête de la fédération : refonte de la gouvernance, recentrage de l’autorité fédérale et volonté de redonner au football camerounais sa souveraineté décisionnelle.
La question qui divise reste cependant celle du timing : pourquoi cette « recette » semble-t-elle fonctionner aujourd’hui et pas plus tôt ? D’aucuns avancent que le retrait progressif de la pression du ministère des Sports dans la gestion quotidienne de l’équipe nationale aurait permis à la fédération, et à son président, de dérouler enfin un projet cohérent, avec des hommes de confiance et une vision claire.
Le départ de Marc Brys apparaît également comme un tournant. Il aurait permis de clarifier les responsabilités et d’instaurer un climat plus propice à la sérénité sportive.
Une FECAFOOT plus en retrait, une tanière plus libre ?
Paradoxalement, d’autres analystes estiment que le regain de performance serait aussi lié à une présence moins intrusive du patron de la fédération dans la tanière. Cette relative distance aurait offert aux joueurs, notamment les plus jeunes, un espace de liberté psychologique essentiel à leur épanouissement.
Libérés de certaines pesanteurs, les Lions semblent aujourd’hui jouer avec plus de spontanéité, de solidarité et surtout avec un sentiment collectif retrouvé. Le Cameroun gagne moins par éclairs individuels que par une organisation plus équilibrée et un engagement partagé.
Coup de magie ou prise de conscience collective ?
Au final, parler de « coup de baguette magique » serait sans doute réducteur. Ce que montrent les Lions Indomptables à cette CAN 2025 ressemble davantage à une prise de conscience collective : celle d’un groupe qui a compris que le salut passait par le travail, l’humilité et la solidarité, loin des querelles périphériques.
La sérénité semble être revenue dans la tanière, mais le plus dur reste à faire. Les quarts de finale seront le véritable test de maturité de cette équipe en reconstruction. Une chose est néanmoins certaine : le Cameroun a retrouvé une identité de combat et un espoir crédible, et cela, pour les supporters comme pour les observateurs avertis, vaut déjà bien plus qu’une simple victoire.
Rédaction/Kamer Infos Plus



