The Pondi Foundation a organisé une conférence internationale sur le thème « Le rôle des mathématiques dans la transformation de l’Afrique au XXIe siècle » a réuni chercheurs, universitaires, étudiants et décideurs autour d’une conviction forte : les mathématiques peuvent devenir un moteur de développement pour l’Afrique.
Au cœur des échanges, une personnalité a particulièrement captivé l’assistance : prof Abdon Atangana.
Le scientifique camerounais, mondialement reconnu pour ses travaux en mathématiques appliquées, a démontré avec pédagogie comment les équations peuvent contribuer à résoudre plusieurs problèmes concrets auxquels font face les pays africains, notamment dans les domaines de l’agriculture, de l’environnement, de l’énergie et de la santé publique.
Des mathématiques qui protègent l’agriculture
Pour illustrer l’utilité concrète des sciences mathématiques, le Professeur Atangana a présenté une expérience menée en Afrique du Sud.
Dans une importante zone de production de tomates, un projet d’exploitation d’uranium menaçait les réserves d’eau utilisées par les agriculteurs. Les prélèvements massifs envisagés risquaient d’assécher progressivement les nappes phréatiques.
Face à cette situation, l’équipe du chercheur camerounais a conçu un modèle mathématique capable de déterminer avec précision la quantité d’eau que les exploitants miniers pouvaient utiliser sans compromettre l’activité agricole locale.
Les résultats obtenus ont permis aux autorités sud-africaines d’évaluer les risques environnementaux du projet avant de refuser la licence d’exploitation.
« La solution mathématique est devenue une décision politique », a expliqué le scientifique.
À travers cet exemple, Abdon Atangana a démontré que les mathématiques ne se limitent pas aux salles de classe. Elles deviennent désormais un véritable outil stratégique d’aide à la décision pour les gouvernements.
La dérivée Atangana-Baleanu : une innovation scientifique africaine
Moment marquant de la conférence : la présentation de la célèbre dérivée fractionnaire Atangana-Baleanu, développée par le chercheur camerounais et aujourd’hui utilisée dans plusieurs laboratoires à travers le monde.
Pour rendre cette théorie accessible au grand public, le mathématicien a expliqué que certains phénomènes naturels évoluent à des rythmes différents que les équations classiques peinent parfois à expliquer correctement.
Il a pris un exemple simple :
la chair d’un corps humain se décompose rapidement, tandis que les os se dégradent beaucoup plus lentement.
Ces réalités complexes nécessitent donc de nouveaux outils mathématiques capables de prendre en compte ces variations de vitesse.
Dans cette logique, la dérivée Atangana-Baleanu est aujourd’hui utilisée dans plusieurs domaines stratégiques :
l’étude de la circulation de l’eau dans les sols ;
la propagation des polluants ;
la gestion des risques environnementaux ;
la protection des nappes phréatiques.
Cette innovation scientifique place désormais le nom du Cameroun parmi les grandes avancées mathématiques mondiales.
Le Professeur Atangana a également rappelé l’ampleur de sa production scientifique, avec près de quinze ouvrages et environ deux cents publications de recherche.
« Les scientifiques africains doivent développer des théorèmes et des formules mathématiques qui aideront à transformer leur continent », a-t-il insisté.
Yaoundé, les déchets et les équations
Le scientifique camerounais s’est également penché sur la question de l’insalubrité dans les villes africaines, notamment à Yaoundé.
Très préoccupé par l’accumulation des ordures dans plusieurs quartiers de la capitale camerounaise, Abdon Atangana estime que les déchets représentent une menace majeure pour la santé publique.
« Partout où nous passons, nous voyons les ordures. C’est un danger », a-t-il déclaré.
Avec plusieurs chercheurs camerounais, notamment les Professeurs Edouard et Koussemboko, il a développé un système d’équations permettant d’analyser la gestion des déchets urbains tout en intégrant les réalités sociales et comportementales locales.
Pour lui, l’insalubrité n’est pas uniquement une question institutionnelle.
« Ce n’est pas seulement le problème du président. C’est aussi le citoyen qui jette la peau de banane dans la rue. »
Mais au-delà du constat, le chercheur voit dans les déchets une véritable opportunité économique grâce au recyclage, au tri sélectif et à la valorisation énergétique.
Selon lui, cette approche pourrait favoriser la création d’emplois pour les jeunes tout en améliorant l’environnement urbain.
Les mathématiques contre les délestages
Autre sujet majeur abordé par le Professeur Atangana : la production de biogaz à partir des déchets organiques.
Il a expliqué que de nombreux biodigesteurs artisanaux fonctionnent aujourd’hui avec d’importantes pertes énergétiques faute de maîtrise scientifique.
Grâce aux modèles mathématiques, il devient désormais possible :
de déterminer le moment exact de formation du biogaz ;
d’optimiser la digestion anaérobie ;
d’améliorer le rendement énergétique des installations.
Pour le chercheur, ces innovations pourraient contribuer à réduire les effets des délestages et renforcer l’autonomie énergétique de plusieurs communautés africaines.
« Il faut des équations qui sentent l’Afrique »
Aux côtés du prof Ngono et prof Awono Charles , prof Abdon Atangana a défendu une science profondément ancrée dans les réalités africaines.
Les deux chercheurs ont plaidé pour le développement de modèles scientifiques adaptés aux contextes locaux plutôt que la simple reproduction de solutions importées.
« On ne peut pas copier-coller les équations de Paris. Il faut des équations qui sentent le Cameroun, qui sentent l’Afrique », a déclaré le Professeur Ngono.
Tous deux appellent à la formation d’une nouvelle génération de mathématiciens capables de relier la théorie scientifique aux besoins réels des populations dans les domaines de l’agriculture, de l’énergie, de l’environnement et de l’entrepreneuriat.
Une science utile pour transformer l’Afrique
Prenant la parole à la clôture des travaux, Emmanuel Pondi a exhorté les jeunes chercheurs à développer une science tournée vers l’impact concret.
« Tout ce que je fais sert à quoi ? Ce que je fais doit m’aider à trouver des solutions aux problèmes de la terre qui m’a vu naître. »
À travers cette conférence organisée à Yaoundé, un message fort s’est imposé : les mathématiques peuvent devenir un puissant levier de transformation économique et sociale pour l’Afrique.
Et à travers ses recherches, ses innovations et sa vision, Abdon Atangana apparaît aujourd’hui comme l’un des grands visages de cette révolution scientifique africaine.


