À l’ouverture de la 87e Session ordinaire de la Commission africaine des Droits de l’homme et des peuples tenue le 11 mai 2026 à Banjul, le Réseau des Institutions Nationales Africaines des Droits de l’Homme (RINADH) a dressé un tableau préoccupant de la situation des droits humains sur le continent africain. Dans une déclaration solennelle, l’organisation a appelé à une réponse africaine plus intégrée face aux crises sécuritaires, humanitaires, numériques et environnementales qui fragilisent les populations.
Le RINADH souligne que plusieurs régions africaines demeurent plongées dans des conflits armés prolongés, notamment au Soudan et dans l’est de la République démocratique du Congo. Selon le réseau, ces violences ont entraîné des pertes humaines massives, des déplacements de populations à grande échelle ainsi qu’une aggravation de l’insécurité alimentaire et des violences sexuelles. L’organisation dénonce également l’impunité persistante autour de ces violations et l’insuffisance des réponses internationales face à certaines tragédies africaines.
La déclaration attire aussi l’attention sur la prolifération des discours de haine, de la désinformation et des incitations à la violence à travers le continent. Dans plusieurs contextes électoraux et situations de crise, ces phénomènes alimenteraient les divisions communautaires et accentueraient les tensions sociales. Avec l’expansion rapide des plateformes numériques, le RINADH estime que les mécanismes actuels de régulation peinent à contenir efficacement les contenus nuisibles tout en préservant les libertés fondamentales.
Le réseau met par ailleurs en garde contre l’exploitation croissante des migrants et des réfugiés africains. Fuyant les conflits, la pauvreté ou les effets des changements climatiques, de nombreuses personnes seraient victimes de traite humaine, d’extorsion et de graves violations des droits humains sur les routes migratoires. Le document évoque également des cas de torture à des fins de rançon et le recrutement de citoyens africains dans des conflits étrangers, révélant l’ampleur des réseaux criminels transnationaux.
Autre sujet majeur soulevé : la gouvernance des ressources naturelles. Alors que la demande mondiale en minerais critiques explose avec la transition énergétique et les avancées technologiques, le RINADH appelle les États africains à garantir une exploitation responsable des ressources minières. Le réseau craint que l’absence de transparence et de mécanismes de redevabilité n’accentue les tensions sociales, les inégalités et la dégradation de l’environnement au détriment des communautés locales.
La déclaration consacre également un important volet aux technologies numériques et à l’intelligence artificielle. Le RINADH reconnaît les opportunités offertes par ces innovations, mais alerte sur les risques de discriminations, d’atteintes à la vie privée et d’exploitation des groupes vulnérables, notamment les enfants. L’organisation plaide pour une gouvernance technologique fondée sur les droits humains, la transparence et la protection de la dignité humaine.
Enfin, le réseau réaffirme le rôle essentiel des Institutions nationales des droits de l’homme (INDH) dans la prévention des violations, le suivi des abus et le dialogue entre les États et les citoyens. Il appelle les gouvernements africains à renforcer l’indépendance et les moyens de ces institutions, conformément aux Principes de Paris.
À travers cette déclaration, le RINADH lance un appel fort en faveur d’une Afrique plus résiliente, inclusive et respectueuse des droits fondamentaux, dans un contexte continental marqué par des défis sécuritaires, économiques et technologiques de plus en plus complexes.



