DENKY n’est pas une implantation industrielle comme les autres. En choisissant Bandenkop, dans l’arrondissement de Bangou, Lisette Claudia TAME NJAMBE est retournée dans la région d’origine de ses parents, pour y bâtir une usine en hommage à leur mémoire. Récit d’un retour, entre ambition industrielle et fidélité familiale.
La terre avant l’usine
Il y a des lieux que l’on choisit pour leur potentiel logistique, la proximité d’une route, la disponibilité d’un foncier, la densité d’un bassin de production. Et il y a des lieux que l’on choisit parce qu’ils vous ont, les premiers, vu naître ou vu grandir vos parents. Bandenkop appartient à la seconde catégorie. Avant d’être le site d’une troisième unité industrielle pour Lisette Claudia TAME NJAMBE, ce village de l’arrondissement de Bangou, dans les Hauts Plateaux de l’Ouest, était déjà une terre de famille.
On ne construit pas de la même façon sur une terre que l’on découvre et sur une terre que l’on connaît depuis l’enfance, à travers les récits transmis, les visages reconnus, les noms de lieux dont on savait l’histoire avant même de savoir lire. À Bandenkop, chaque fondation coulée, chaque ligne de production installée porte un peu plus qu’une ambition industrielle. Elle porte une continuité.
Le nom que l’on porte
Lisette Claudia TAME NJAMBE est fille d’un industriel, Henri Tame Soumedjong, qui fut l’un des pionniers de l’agro-industrie camerounaise dans le secteur laitier. Elle a grandi, dit-elle volontiers, au milieu des machines et des décisions qui engagent des équipes entières. Cette phrase, prononcée dans plusieurs entretiens, prend à Bandenkop une résonance particulière. Car construire une usine dans la région d’origine de ses parents, ce n’est pas simplement dérouler une stratégie d’expansion territoriale. C’est refermer une boucle, celle qui relie une vocation reçue en héritage à un accomplissement rendu, en un lieu précis, à ceux qui l’ont transmise.
Les noms de famille, dans les régions de l’Ouest camerounais, ne sont jamais de simples identifiants administratifs. Ils sont des récits. Porter le sien jusque dans l’inauguration d’une usine, devant les siens, devant l’autorité coutumière du village, c’est accepter d’être regardée non seulement comme une dirigeante d’entreprise, mais comme une fille du pays qui revient.
« Ce que l’on construit sur la terre de ses parents, on ne le construit jamais seul. »
Ce que l’on doit à ceux qui ne sont plus là
L’inauguration de DENKY a été présentée, par ceux qui en ont suivi la préparation, comme un hommage rendu à la mémoire de Monsieur et Madame Tame Soumedjong. Un hommage qui ne s’est pas contenté d’un discours ou d’une plaque commémorative, mais qui s’est incarné dans une usine tournant à plein régime, employant des habitants du village, transformant des matières premières cultivées par des producteurs de la région. La mémoire, ici, ne s’est pas figée dans le passé. Elle s’est prolongée dans le travail des vivants.
Il y a quelque chose de profondément camerounais dans ce geste. Dans de nombreuses cultures du pays, honorer ses aînés ne consiste pas seulement à se souvenir d’eux. Cela consiste à faire fructifier ce qu’ils ont semé, à prouver, par les actes, que leur passage n’a pas été vain. En choisissant Bandenkop, Lisette Claudia TAME NJAMBE n’a pas seulement pris une décision d’implantation industrielle. Elle a pris une décision de fidélité.
Bâtir sur une terre, faire pousser un avenir
Les bâtiments industriels de DENKY, avec leurs lignes de conditionnement de céréales, de fruits séchés, de chips et de charcuterie, dessinent aujourd’hui un nouveau paysage à l’entrée du village. Mais sous ce paysage neuf, on devine encore les sentiers, les champs, les souvenirs d’une enfance dont on ne parle que rarement en public, mais qui affleure dans la manière dont Lisette Claudia TAME NJAMBE s’adresse aux anciens du village, dans le temps qu’elle prend pour saluer chacun avant de rejoindre l’estrade officielle.
Il y a, dans cette histoire, une leçon plus large que le seul parcours d’une industrielle. Elle rappelle que le développement d’un pays ne se construit jamais entièrement hors sol. Il prend racine quelque part, dans une région précise, une famille précise, une mémoire précise. Bandenkop est devenu, pour Lisette Claudia TAME NJAMBE, le lieu où l’ambition industrielle et la fidélité familiale se rejoignent, sans que l’une n’efface jamais l’autre.
Oscar Onohiolo



