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FILIÈRE CACAO : LE CAMEROUN PLAIDE POUR UNE JUSTE RÉMUNÉRATION DES PRODUCTEURS

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La durabilité de la filière cacao ne saurait se construire au détriment de ceux qui en constituent le premier maillon. C’est le message porté par le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, lors de la rencontre avec les partenaires institutionnels de l’International Cocoa Initiative (ICI), organisée ce mardi 3 novembre 2026 à l’hôtel Star Land de Yaoundé. Sous le signe du dialogue et de la coopération, cette rencontre a permis de mettre en lumière les défis sociaux de la cacaoculture, notamment la lutte contre le travail des enfants, le respect des droits humains et les exigences croissantes des marchés internationaux. Mais au-delà des engagements en matière de conformité et de traçabilité, le membre du gouvernement a surtout insisté sur une exigence : garantir aux producteurs une rémunération à la hauteur de leurs efforts.

Prenant la parole devant les représentants des institutions publiques, les acteurs de la filière cacao, les partenaires internationaux et les professionnels de l’industrie chocolatière, Luc Magloire Mbarga Atangana a réaffirmé l’engagement du Cameroun à respecter les réglementations internationales relatives aux droits humains et à la lutte contre le travail des enfants.

« Je veux être direct, je veux être cash »,

a-t-il déclaré, avant d’assurer que le Cameroun a pris les dispositions nécessaires pour se conformer aux exigences internationales. Le ministre a notamment invité les partenaires à descendre sur le terrain afin de constater les efforts accomplis en matière de traçabilité. Pour lui, celle-ci « n’est pas une chimère, mais une réalité concrète et vécue » au Cameroun.
Cette ouverture aux exigences du commerce international traduit, selon le membre du gouvernement, la volonté du pays de promouvoir une filière cacao responsable, compétitive et respectueuse des droits fondamentaux. Une démarche qui trouve un écho favorable auprès des partenaires et des acteurs de l’industrie mondiale du chocolat.
La rémunération des producteurs, condition d’une durabilité véritable
Toutefois, pour le ministre du Commerce, les exigences imposées aux pays producteurs doivent s’accompagner d’engagements équitables de la part des pays importateurs et des entreprises internationales. Il estime que la conformité aux normes sociales et environnementales ne peut être durable si les producteurs continuent de percevoir une part insuffisante de la valeur générée par la chaîne du cacao.
S’appuyant sur le principe juridique du contrat synallagmatique, qui consacre la réciprocité des obligations entre les parties, Luc Magloire Mbarga Atangana a rappelé que les engagements doivent fonctionner dans les deux sens. Les producteurs doivent respecter les normes internationales, mais les partenaires commerciaux doivent également contribuer à leur garantir une rémunération juste.
« Le Cameroun ne demande pas l’aumône, il ne demande rien d’autre que la justice, que cela soit clair pour tous », a-t-il martelé.


Pour le membre du gouvernement, il ne s’agit nullement d’opposer les producteurs aux consommateurs, les pays producteurs aux pays importateurs, ou encore la conformité réglementaire à la compétitivité économique. L’enjeu est plutôt de construire un modèle dans lequel les différentes exigences de la filière se renforcent mutuellement.
« Un cacao responsable ne peut durablement reposer sur des producteurs insuffisamment rémunérés », a-t-il souligné. Il considère ainsi la rémunération des cacaoculteurs comme un pilier essentiel de la durabilité, au même titre que la protection des enfants et le respect des droits humains.
Le ministre a également déploré le déséquilibre dans le partage de la valeur au sein de la chaîne d’approvisionnement du cacao. Selon lui, les producteurs restent les grands perdants d’un système dans lequel ils ne perçoivent qu’une faible proportion des revenus générés. Une situation qui fragilise leurs conditions de vie et peut les exposer à des pratiques alternatives moins conformes aux exigences de production responsable.
Dans cette perspective, imposer aux exploitants des investissements et des mesures de mise en conformité coûteux, sans leur donner les moyens financiers de les appliquer, reviendrait à leur faire supporter seuls le poids de la transition. La durabilité doit, selon le ministre, être une responsabilité partagée entre l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur.

L’ICI mise sur le partenariat pour protéger les communautés cacaoyères

Cette interpellation intervient dans un contexte marqué par le renforcement des exigences internationales en matière de diligence raisonnable, de traçabilité et de protection des droits humains dans les chaînes d’approvisionnement.
À travers cette rencontre institutionnelle placée sous le thème « Transformer les défis sociaux en opportunités de partenariat pour une filière cacao responsable et durable au Cameroun », l’International Cocoa Initiative entend favoriser une mobilisation collective autour des enjeux sociaux de la production cacaoyère.
L’organisation, qui a officiellement lancé ses activités au Cameroun le 31 mars 2026, travaille avec les pouvoirs publics, les entreprises, les organisations de producteurs, la société civile et les partenaires internationaux pour prévenir et combattre le travail des enfants et le travail forcé dans les communautés productrices de cacao.
L’ambition est de faire du partenariat un véritable instrument d’action collective, capable de renforcer les mécanismes de protection, d’améliorer les conditions de vie des familles agricoles et de promouvoir des pratiques responsables dans la chaîne d’approvisionnement.
Les échanges ont également permis de mettre en perspective les évolutions des politiques européennes relatives au devoir de diligence des entreprises, le cadre juridique camerounais ainsi que les engagements internationaux du pays en matière de protection des enfants et des travailleurs.

Neo Industrie réaffirme son engagement sur le terrain

 


Au rang des acteurs industriels mobilisés, Neo Industrie S.A., entreprise camerounaise de transformation du cacao implantée à Kékem, dans la région de l’Ouest, a également réaffirmé son engagement en faveur d’une filière plus responsable.
Spécialisée dans la transformation du cacao en quatre produits semi-finis, à savoir le beurre, la poudre, le tourteau et la masse de cacao, l’entreprise affirme mener plusieurs initiatives de terrain pour prévenir et combattre le travail des enfants dans les communautés productrices.
Parmi les actions évoquées figure notamment une récente formation de formateurs destinée à renforcer les capacités des acteurs impliqués dans la sensibilisation et la prévention de ce phénomène.
Cette implication du secteur industriel illustre l’importance de la contribution des entreprises à la mise en œuvre de solutions concrètes, au-delà des seuls engagements institutionnels.

Construire une filière durable et économiquement équitable

Au terme des échanges, une conviction se dégage : la transformation durable de la filière cacao camerounaise nécessite une approche globale qui associe protection sociale, compétitivité économique et partage équitable de la valeur.
Si le Cameroun entend consolider sa position parmi les grands pays producteurs de cacao et répondre aux exigences des marchés internationaux, la réussite de cette ambition dépendra également de sa capacité à préserver les intérêts des producteurs et à améliorer les conditions de vie des communautés rurales.
Le message du ministre du Commerce est ainsi sans équivoque : la responsabilité sociale ne doit pas être une exigence imposée uniquement aux pays producteurs. Elle doit aussi se traduire par des engagements économiques concrets de la part des acteurs qui tirent profit de la commercialisation et de la transformation du cacao.
Car, au-delà de la traçabilité, de la conformité et des normes internationales, la véritable durabilité de la filière se mesurera aussi à la capacité des producteurs à vivre dignement de leur travail.

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