9 C
Londres
mercredi, novembre 4, 2026
AccueilSociétéCAMEROUN-TÉLÉDISTRIBUTION : LA CRTV DESORMAIS GRATUITE APRÈS L’ABONNEMENT, LES OPÉRATEURS LOCAUX EN...

CAMEROUN-TÉLÉDISTRIBUTION : LA CRTV DESORMAIS GRATUITE APRÈS L’ABONNEMENT, LES OPÉRATEURS LOCAUX EN PREMIÈRE LIGNE

Date:

Related stories

spot_imgspot_img

Signée le 4 novembre 2026 au ministère de la Communication à Yaoundé, la convention entre l’État du Cameroun et les distributeurs de contenus audiovisuels consacre le maintien gratuit de CRTV Premium et CRTV News après expiration de l’abonnement. Aux côtés du grand distributeur international canal +, Swecom, Créolink et TVCAM ont adhéré à cet engagement citoyen qui entend garantir aux consommateurs un accès continu aux chaînes publiques nationales, même en cas de suspension de leur abonnement payant.

L’expiration d’un abonnement à un bouquet de télévision ne signifiera plus nécessairement la privation des chaînes publiques nationales. C’est le changement majeur introduit par la convention signée le 4 novembre 2026 au ministère de la Communication, à Yaoundé, entre l’État du Cameroun, à travers le MINCOM, et les opérateurs de télédistribution. Désormais, les abonnés pourront continuer à recevoir gratuitement CRTV Premium et CRTV News, même lorsque leur abonnement arrive à échéance ou est interrompu.

Derrière cette mesure à forte portée sociale se trouve une préoccupation exprimée depuis plusieurs mois par les syndicats et les associations de consommateurs : comment garantir aux Camerounais un accès permanent à l’information publique, indépendamment de leur capacité à renouveler chaque mois leur abonnement télévisuel ? Une interpellation initialement adressée à Canal+ Cameroun, puis élargie, sur instruction du ministre de la Communication, à l’ensemble des acteurs du secteur.

Un compromis entre intérêt général et réalités économiques

La démarche a pris forme à la suite d’une concertation organisée le 3 septembre 2026, sous la coordination du Secrétariat général du ministère de la Communication et présidée par le Directeur de l’Ingénierie de la Communication. Autour de la table : les services compétents du MINCOM, le Conseil national de la communication (CNC), la CRTV ainsi que les représentants de Canal+ Cameroun, Orange Cameroun, StarTimes et TVCAM. D’autres opérateurs, notamment Swecom et Créolink ont également manifesté leur adhésion aux recommandations issues des échanges.

Pour René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication, cette convention dépasse le simple cadre commercial de la distribution audiovisuelle. Elle traduit une exigence républicaine : maintenir le service public de l’audiovisuel à la portée des populations.

Dans son allocution, le membre du gouvernement a notamment souligné que « le service public de l’audiovisuel doit rester accessible à tous les Camerounais en tout temps et en tous lieux ». Il a également rappelé que « l’information du service public ne saurait perdre sa vocation universelle du seul fait de l’évolution de son mode de distribution ».

Un positionnement qui n’ignore pas les intérêts économiques des entreprises concernées. Le ministre a tenu à préciser que la liberté d’entreprendre, la concurrence et la rémunération légitime des investissements doivent pouvoir se concilier avec les exigences de l’intérêt général. Il a, dans cette perspective, salué l’esprit de dialogue et la collaboration des entreprises engagées dans le processus, parmi lesquelles Canal+ Cameroun, Orange Cameroun, StarTimes Cameroun, Swecom, TVCAM, C-SAT et Créolink Communication.

Créolink, Swecom et TVCAM : l’engagement des opérateurs camerounais

Au-delà de la signature institutionnelle, l’adhésion des distributeurs locaux constitue l’un des marqueurs importants de cette convention. Dans un environnement où les opérateurs nationaux doivent composer avec des contraintes techniques, commerciales et concurrentielles, leur participation donne à cette initiative une dimension citoyenne particulière.

Pour le Directeur Général de Créolink, Joseph Mbock, cette convention témoigne de l’évolution de l’ingénierie camerounaise dans le domaine de la distribution des contenus audiovisuels. Il y voit également une reconnaissance des efforts consentis par les entreprises locales pour moderniser leurs infrastructures et améliorer les services proposés aux consommateurs.

« On a digitalisé, on a crypté, on a sélectionné, et maintenant on est en phase de signature avec les ayants droit »,

Directeur Général de Créolink, Joseph Mbock

explique-t-il, évoquant les avancées réalisées par les opérateurs nationaux. Il cite notamment un premier contrat conclu avec New World, qui illustre, selon lui, leur capacité à négocier des droits et à proposer des contenus sportifs premium à leurs abonnés.

Son appréciation de la convention est sans équivoque : « Au Cameroun, on fait de bonnes choses. » Pour le responsable, cette initiative démontre que les entreprises locales peuvent contribuer à la modernisation du secteur tout en accompagnant les politiques publiques au bénéfice des consommateurs.

Même tonalité du côté de TVCAM. Son Directeur Général, Charlie Fanseu, présente la décision des opérateurs locaux comme un engagement citoyen. Il rappelle que Swecom, Créolink et TVCAM figurent parmi les opérateurs camerounais détenteurs de titres d’exploitation dans le secteur de la télédistribution.

« Le geste qu’ont accepté ces trois opérateurs locaux pour que ces chaînes passent dans leur bouquet dorénavant en clair, ce sont des gestes citoyens », affirme-t-il. Et d’insister : « C’était un devoir pour nous d’accompagner le ministère de la Communication dans cette démarche. »

Pour le responsable de TVCAM, l’enjeu est concret : permettre aux abonnés qui ne peuvent pas toujours régulariser leur situation financière à temps de conserver un accès aux deux chaînes publiques. « Certes, les gens vont parler argent, mais c’est un acte citoyen »,

Directeur Général, Charlie Fanseu

conclut-il.

Cette adhésion des entreprises nationales donne ainsi une portée supplémentaire à la convention : celle d’un secteur privé local qui entend prendre sa part dans la garantie de l’accès à l’information.

Boycott Canal+ salue une victoire des consommateurs

Pour les organisations à l’origine de la dénonciation, la signature de cette convention constitue surtout l’aboutissement d’un combat mené au nom des consommateurs. Simon KALDJOB, président et porte parole du collectif des organosations des consommateurs du Cameroun, l’un des mouvements ayant porté cette revendication, ne cache pas sa satisfaction.

« C’est quand même une victoire, une victoire historique pour le peuple camerounais », déclare-t-il, avant de remercier l’État pour avoir entendu les préoccupations exprimées par les populations.

« Nous remercions l’État du Cameroun pour avoir écouté les cris de cœur des Camerounais et mis à leur disposition l’information à travers la CRTV et la CRTV News »,

Simon KALDJOB

poursuit-il.

Cette réaction traduit l’attente qui entourait cette mesure : ne plus faire dépendre entièrement l’accès à l’information publique du renouvellement d’un abonnement commercial. Pour Boycott Canal+, la convention représente donc une avancée collective, au-delà des divergences qui peuvent opposer consommateurs et distributeurs.

Une gratuité encadrée, avec des conditions précises

Si la mesure est saluée, elle n’est toutefois pas sans conditions. Le dispositif concerne les clients ayant souscrit un abonnement et régulièrement payé leurs frais pendant au moins trois mois auprès du même opérateur.

À l’expiration ou pendant l’interruption de leur abonnement, ces clients pourront conserver l’accès aux deux chaînes sans facturation additionnelle, à condition que leur compte, leur décodeur ou leur terminal demeure techniquement activé et qu’aucune fraude ne soit constatée.

Autre précision importante : la gratuité porte exclusivement sur CRTV Premium et CRTV News. Elle ne concerne ni les équipements, ni l’installation, ni la maintenance, ni la connexion internet ou les consommations de données. CRTV Sport et CRTV Entertainment restent également hors du champ de cette disposition.

Le protocole prévoit un délai maximal de deux mois à compter de sa signature pour la mise en service du dispositif. Chaque opérateur doit désigner un point focal technique et transmettre son calendrier de déploiement au ministère de la Communication dans les dix jours suivant la signature. La CRTV doit, de son côté, désigner un interlocuteur chargé de la fourniture et de la qualité des signaux.

Un comité de suivi coordonné par le MINCOM, avec la participation du CNC, de la CRTV et des opérateurs signataires, est chargé de valider les tests techniques, de veiller à la disponibilité des chaînes et de résoudre les difficultés éventuelles. Un premier bilan est prévu trois mois après l’entrée en vigueur du dispositif.

Au-delà de la portée institutionnelle de cet accord, le signal envoyé est fort : l’accès à l’information publique ne doit pas devenir un privilège réservé aux seuls abonnés capables de renouveler leur bouquet. En associant l’État, les distributeurs internationaux, les opérateurs locaux et les représentants des consommateurs, cette convention ouvre une nouvelle étape dans la relation entre service public audiovisuel et télédistribution au Cameroun.

Martin Donald NGANE

Subscribe

- Never miss a story with notifications

- Gain full access to our premium content

- Browse free from up to 5 devices at once

Latest stories

spot_img