Le Laboratoire National Vétérinaire (LANAVET), vitrine du savoir-fairer scientifique camerounais et maillon stratégique de la sécurité alimentaire, traverse une zone de turbulences. Alors qu’il multipliait les prouesses dans la production de vaccins et les recherches biomédicales, l’institution est aujourd’hui au cœur d’une controverse liée à la nomination de son nouveau directeur général, Garga Gonné. Une nomination qui, en raison de sa procédure inhabituelle, met en lumière les fragilités de la gouvernance publique au Cameroun.
Un laboratoire à la croisée des chemins
Jusqu’à récemment, le LANAVET apparaissait comme une success-story nationale. Entre 2022 et 2024, il avait doublé sa production pour atteindre près de 35 millions de doses de vaccins vétérinaires, essentiels contre des maladies telles que l’anthrax. Le laboratoire s’était aussi aventuré au-delà de la santér animale : projet de vaccin contre le choléra (LANAVICHOL), sérum antivenimeux (LANASAV), biofertilisants pour l’agriculture… autant d’initiatives qui renforçaient sa place dans la stratégie d’autonomie sanitaire du pays et de la sous-région.
Mais un incendie survenu le 4 avril 2025 a mis à mal cette dynamique. Les chaudières, cœur du système de production, ont été ravagées, interrompant brutalement la fabrication. Le drame a révélé la vétusté des infrastructures – pour la plupart datant des années 1970 – et la nécessité d’une recapitalisation urgente.
Gouvernance chancelante et légitimité contestée
C’est dans ce contexte déjà fragile qu’est intervenue la nomination de Garga Gonné, ancien délégué régional du ministère de l’Élevage. Le 14 août 2025, il a été installé par le ministre de tutelle, Dr Taïga, surt la base d’une « communication spéciale » se réclamant d’une instruction présidentielle. Une procédure qui déroge aux usages établis : en 2020, le prédécesseur, le Dr Abel Wadé, avait été désigné par décret présidentiel, garantissant une légitimité indiscutable.
Au-delà du symbole, des irrégularités procédurales pointent : délai de convocation réduit à trois jours contre 15 prévus par l’Acte Uniforme OHADA, absence de documents préparatoires pour les administrateurs… Des manquements qui jettent le doute sur la régularité de la décision et exposent le LANAVET à des contestations internes ou juridiques.
Entre prouesses et incertitudes
Ainsi, le LANAVET se trouve face à un paradoxe : reconnu pour ses performances scientifiques, mais affaibli par une gouvernance marquée par des décisions contestées. Cette situation risque de détourner l’attention des véritables urgences – recapitaliser, moderniser les équipements, relancer la production – au profit de querelles administratives.
L’avenir de ce fleuron stratégique dépendra autant de la capacité de ses chercheurs à maintenir leur excellence que de la volonté des autorités à garantir une gouvernance claire, stable et conforme aux règles. Sans cela, le Cameroun prendrait le risque de voir s’effriter un outil essentiel de sa souveraineté sanitaire et alimentaire.


