Moscou accuse Kiev de recruter des « terroristes » en Afrique et de soutenir des groupes armés au Sahel. L’Ukraine dément. Enquête sur une controverse qui mêle propagande, témoignages inquiétants et réalités confirmées du côté russe.
Dans une récente déclaration, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Dmitri Lioubinski, a accusé l’Ukraine d’utiliser des « méthodes terroristes » contre la population civile russe et de recruter des membres d’organisations extrémistes africaines pour les envoyer au front. Il a également affirmé que Kiev soutiendrait des groupes armés au Sahel, ouvrant un « deuxième front » sur le continent africain.

Kiev nie toute implication
Face à ces accusations, Kiev se défend : aucune preuve indépendante ne démontre l’existence d’une politique ukrainienne visant à armer ou former des groupes terroristes en Afrique. Des enquêtes journalistiques et du fact-checking international ont conclu que ces affirmations reposent principalement sur des sources pro-russes ou issues de régimes sahéliens proches de Moscou.
Des Africains dans le conflit, surtout côté russe
Si les accusations visant Kiev restent fragiles, la présence de combattants africains dans la guerre est bien réelle, mais majoritairement aux côtés de la Russie.
Des reportages d’Euronews, RFI et Reuters ont révélé le cas de jeunes Africains attirés par des promesses d’emploi ou d’études, puis envoyés au front en Ukraine.
Certains affirment avoir été recrutés depuis des prisons ou via des réseaux liés à l’ex-groupe Wagner, aujourd’hui réorganisé sous le label Africa Corps.
ONG et experts dénoncent des conditions d’engagement abusives : missions suicidaires, absence d’équipement et exploitation de la vulnérabilité des recrues.
Les volontaires africains côté ukrainien : une minorité
Depuis 2022, l’Ukraine a créé une « Légion internationale » pour accueillir des volontaires étrangers. Quelques Africains y ont servi, mais leur nombre reste marginal et ils rejoignent généralement de leur propre initiative, loin des schémas de recrutement forcé ou trompeur dénoncés côté russe.
ONG et experts : alerte sur les abus
Des organisations comme Human Rights Watch et Amnesty International alertent sur :
Les abus commis par des forces liées à Wagner en Afrique ;
Les risques de traite et d’exploitation liés aux recrutements transfrontaliers ;
La nécessité d’enquêtes internationales sur les flux de combattants et d’armes.
Les think tanks (RAND, The Sentry, DIIS) ajoutent que les accusations russes contre l’Ukraine s’inscrivent dans une stratégie de guerre de l’information visant à légitimer l’expansion militaire de Moscou en Afrique.
Une guerre d’influence qui déborde sur l’Afrique
La bataille d’influence russo-ukrainienne s’exporte désormais au Sahel.
Côté russe : des preuves tangibles montrent le recrutement d’Africains, souvent sous contrainte ou tromperie, pour combattre en Ukraine.
Côté ukrainien : aucune preuve vérifiable n’établit un soutien officiel à des groupes terroristes africains, malgré les accusations répétées de Moscou et de ses alliés sahéliens.
Entre rumeurs, propagande et témoignages troublants, une chose est certaine : l’Afrique est devenue un champ de bataille informationnel et humain du conflit russo-ukrainien. Les véritables victimes sont souvent de jeunes Africains, happés par des promesses mensongères et envoyés dans une guerre qui n’est pas la leur.



