À Yaoundé, experts vétérinaires, décideurs publics et partenaires techniques explorent de nouvelles approches de surveillance épidémiologique basées sur les données et les risques pour accélérer la lutte contre la Peste des petits ruminants. Au cœur des échanges : modernisation des systèmes, innovation sanitaire et coopération régionale pour sécuriser durablement l’élevage en Afrique centrale.
Du 21 au 23 avril 2026, la capitale camerounaise abrite un atelier régional de renforcement des capacités dédié à la surveillance de la PPR et des autres maladies animales transfrontalières.Pendant trois jours, les experts venus des pays membres de la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale, accompagnés de partenaires techniques et financiers, travaillent à harmoniser leurs approches dans un contexte de mutation des systèmes de santé animale.
Une menace persistante pour l’économie rurale
La Peste des petits ruminants demeure une maladie virale hautement contagieuse affectant les moutons et les chèvres. Elle compromet les moyens de subsistance de millions de ménages et représente un frein majeur au développement des chaînes de valeur animales en Afrique centrale.
À l’échelle mondiale, la maladie touche plus de 70 pays et engendre chaque année des pertes économiques estimées à plus de 2 milliards de dollars. Dans la sous-région, où l’élevage des petits ruminants joue un rôle clé dans la sécurité alimentaire, son éradication constitue une priorité stratégique.

Vers une surveillance intelligente et basée sur les risques
L’un des principaux enjeux de cet atelier est la transformation des systèmes de surveillance épidémiologique. Les participants planchent notamment sur :
la surveillance participative impliquant les communautés et les éleveurs,
l’identification et la cartographie des zones à haut risque,
l’amélioration de la collecte, du traitement et de l’analyse des données zoosanitaires,
la relance des réseaux régionaux de surveillance et de laboratoires.
Cette approche marque un passage vers des systèmes plus proactifs, capables d’anticiper les foyers épidémiques et d’optimiser les stratégies de vaccination.
Une dynamique portée par des engagements internationaux
L’atelier s’inscrit dans la stratégie mondiale d’éradication de la PPR, portée par la Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé animale, avec un objectif fixé à 2030.
Au niveau continental, cette ambition est relayée par le Bureau interafricain des ressources animales, à travers une feuille de route panafricaine 2023-2027, alignée sur les priorités du Programme détaillé de développement de l’agriculture en Afrique.
Selon le représentant résident de la FAO, des avancées significatives ont été enregistrées ces dernières années : formation de centaines d’experts, distribution massive de vaccins, renforcement des réseaux scientifiques et conduite d’études socio-économiques, notamment au Cameroun et en République démocratique du Congo.
Au Cameroun, le Projet de Développement de l’Élevage, soutenu par la Banque mondiale, a contribué à renforcer les services vétérinaires et l’accès aux vaccins.
Des défis à relever pour atteindre l’objectif 2030
Malgré ces progrès, plusieurs défis persistent : une couverture vaccinale encore insuffisante, des capacités diagnostiques limitées et une surveillance active à renforcer.
Les autorités insistent également sur la nécessité d’une appropriation nationale des programmes et d’une mobilisation accrue des ressources locales pour garantir la durabilité des actions.
« Sans circulation de l’information, il ne peut y avoir de sécurité sanitaire collective », a souligné un responsable du ministère en charge de l’élevage.
Une coopération régionale au cœur de la réussite
Les participants à cet atelier sont appelés à produire des résultats concrets, notamment en améliorant la qualité des données, en renforçant les dispositifs nationaux d’épidémiosurveillance et en assurant une meilleure coordination entre les pays.
La surveillance épidémiologique, considérée comme le socle de la stratégie, devra être « participative, inclusive et intégrée », impliquant à la fois les institutions, les laboratoires, mais aussi les éleveurs et les communautés locales.
À travers cette rencontre, Yaoundé s’impose ainsi comme un hub régional de réflexion et d’action pour une nouvelle génération de systèmes de santé animale, où innovation, données et coopération deviennent les piliers de la lutte contre les maladies transfrontalières.
Martin Donald Ngane



