Après six jours d’échanges, de panels techniques et de rencontres entre producteurs, investisseurs, chercheurs et pouvoirs publics, la deuxième édition du Salon Interprofessionnel de l’Aquaculture du Cameroun (SIAC) s’est achevée sur un constat sans équivoque : malgré un potentiel estimé à plus de 460 000 tonnes de production par an, l’aquaculture camerounaise n’exploite aujourd’hui qu’une faible partie de ses capacités.
Selon les données présentées au cours des travaux, la production nationale oscille entre 20 000 et 30 000 tonnes par an, soit à peine 4,5 à 6,5 % du potentiel disponible. Une situation qui contribue au maintien d’un déficit commercial halieutique important et à une forte dépendance aux importations de poissons.
Le numérique présenté comme un levier de transformation
Le sixième et dernier panel du SIAC 2026 a été consacré à la transformation numérique de la filière aquacole. Modéré par le Pr Tomedi Eyango épouse Tabi, il a permis d’examiner les opportunités offertes par les nouvelles technologies pour améliorer les performances du secteur.
Les échanges ont porté sur l’utilisation de l’intelligence artificielle, des drones, des applications mobiles et d’autres outils numériques susceptibles d’améliorer la gestion des exploitations aquacoles, le suivi sanitaire des poissons et la productivité des fermes.
Les participants ont toutefois relevé un faible niveau d’adoption de ces technologies par les producteurs camerounais, en raison notamment des insuffisances en infrastructures numériques, du coût des équipements et du déficit de formation.
Pour répondre à ces défis, une feuille de route de digitalisation à l’horizon 2030 a été proposée autour de trois axes majeurs : le développement des infrastructures numériques, la promotion de solutions technologiques locales et le renforcement des capacités des acteurs.
Des obstacles persistants à lever
Au terme des travaux, plusieurs contraintes majeures freinant l’essor de l’aquaculture ont été identifiées.
Les participants ont notamment souligné l’absence d’une stratégie nationale actualisée de développement de l’aquaculture, un cadre réglementaire jugé fragmenté et peu attractif pour les investisseurs, ainsi que les difficultés d’accès au financement pour les petits et moyens producteurs.
Autre défi majeur : la disponibilité des intrants. La qualité de l’alimentation des poissons demeure une préoccupation importante pour les producteurs, qui dépendent encore largement des importations.
« Le principal problème, c’est la qualité de l’eau et l’aliment qui fait défaut parce que nous importons encore en grande quantité. C’est un défi auquel le ministre veut répondre à travers une production locale de l’aliment », a expliqué Hamadou Alkaïssou, délégué départemental du MINEPIA pour le Mfoundi.

Il a par ailleurs indiqué que l’accent est désormais mis sur le développement de la production locale des espèces déjà maîtrisées, notamment le tilapia et le claria.
Un programme de réformes ambitieux
Face à ces difficultés, les acteurs de la filière ont formulé plusieurs recommandations structurantes.
Parmi les principales mesures proposées figurent l’élaboration d’un Code aquacole camerounais, l’adoption d’une stratégie nationale de développement de l’aquaculture pour la période 2026-2035, la création d’une Agence nationale de développement de l’aquaculture ainsi que la mise en place d’un fonds de garantie destiné à faciliter l’accès au crédit.
Les participants recommandent également la création de parcs aquacoles dans les principales zones à fort potentiel, notamment le long des fleuves Nyong, Sanaga, Noun et Mongo, ainsi qu’une réduction progressive des importations de poissons déjà produits localement.
Une mobilisation croissante des producteurs
La cérémonie de clôture a été marquée par la remise d’attestations aux participants, notamment aux producteurs halieutiques ayant pris part aux différentes formations et sessions techniques ainsi qu’aux organismes financiers notamment la BCPME,l’API,ACEP.
Pour les organisateurs, cette deuxième édition du SIAC confirme l’intérêt grandissant des professionnels pour la filière.
« Cette édition a été satisfaisante avec l’adhésion massive des opérateurs et des associations paysannes du secteur aquacole. De plus en plus, on observe un engouement assez poussé », a souligné Hamadou Alkaïssou.
Avec un potentiel encore largement inexploité, des ressources hydriques abondantes et une demande nationale en constante progression, les acteurs du secteur estiment que l’aquaculture pourrait devenir l’un des principaux moteurs de la souveraineté alimentaire et de la création d’emplois au Cameroun, à condition que les réformes annoncées se traduisent rapidement en actions concrètes.


