L’Hôtel Mont Fébé a abrité ce mardi 11 août 2026 la Table ronde de mobilisation des partenaires de mise en œuvre de la Politique Nationale de la Jeunesse (PNJ) 2025-2035). Une rencontre qui a réuni membres du Gouvernement, partenaires techniques et financiers, organisations internationales, secteur privé, société civile et leaders de jeunesse autour d’un même impératif : passer des engagements aux actions concrètes en faveur de l’autonomisation des jeunes Camerounais.
Au-delà des discours, les travaux ont permis de mettre en lumière des programmes, des mécanismes de financement, des dispositifs de formation et des cadres de participation susceptibles de contribuer directement à la mise en œuvre de la PNJ 2025-2035.
Une politique qui veut placer les jeunes au cœur de l’action publique
Prenant la parole, le Ministre de la Jeunesse et de l’Éducation Civique, Mounouna Foutsou, a rappelé que la jeunesse constitue un levier stratégique de la transformation économique, sociale, culturelle et démocratique du Cameroun.
Il a toutefois relevé les difficultés auxquelles les jeunes demeurent confrontés : accès à une éducation et à une formation de qualité, emploi décent, entrepreneuriat, santé, protection sociale et accès aux opportunités économiques.
Face à ces défis, la PNJ 2025-2035 propose une nouvelle dynamique fondée sur « l’Approche Jeune », qui considère les jeunes non plus uniquement comme des bénéficiaires des politiques publiques, mais comme des acteurs et des co-créateurs du développement national.
Cette approche s’articule autour de quatre orientations majeures : passer de la formation théorique à la production, intégrer les initiatives des jeunes dans les chaînes de valeur nationales, faire du civisme un levier d’employabilité et d’engagement productif et construire un écosystème intégré reposant sur les données.
L’enjeu est donc clairement identifié : faire de la PNJ un cadre qui fédère les interventions et facilite l’accès des jeunes aux solutions déjà disponibles auprès des différents partenaires.
« Government works like one body » : la nécessité d’une action gouvernementale coordonnée
La rencontre a également été l’occasion de mettre en avant la solidarité gouvernementale autour des questions liées à la jeunesse.
Le Ministre auprès du Vice-Premier Ministre, Ministre chargé des Relations avec les Assemblées, Paul Tasong, a salué la qualité des travaux et insisté sur la nécessité de trouver des réponses aux préoccupations d’une population jeune et démographiquement majoritaire.
Son constat est sans équivoque : résoudre les problèmes des jeunes revient, dans une large mesure, à résoudre les problèmes de la majorité de la population.
Il a encouragé les jeunes porteurs d’initiatives à se rapprocher des différents guichets de financement avec des projets pertinents et structurés. Dans cette perspective, la PNJ apparaît comme un instrument de fédération des différentes actions conduites en faveur de la jeunesse.
C’est sur cette note de satisfaction que les travaux de la table ronde ont été déclarés clos.
Des partenaires déjà engagés sur le terrain
La force de cette rencontre réside notamment dans la présentation des interventions concrètes des partenaires.
Plan International Cameroon : engagement, citoyenneté et insertion
Plan International Cameroon a présenté plusieurs axes de son intervention. L’organisation collabore notamment avec 17 ministères et dispose d’une plateforme d’engagement des jeunes comptant 327 jeunes enregistrés.
Son action comprend également l’accompagnement des Jeux nationaux de la citoyenneté, avec un plaidoyer visant à valoriser davantage ces initiatives autour des valeurs citoyennes au Cameroun, mais aussi à envisager leur rayonnement en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest.
Autre contribution directement liée à l’insertion : 100 stages sont octroyés chaque année à de jeunes Camerounais.
UNFPA : santé, information et participation citoyenne
Pour le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), trois leviers apparaissent essentiels.
Le premier concerne la santé et le bien-être des jeunes, avec un accompagnement pour améliorer leur accès aux services de santé, renforcer la santé reproductive et lutter contre la consommation des drogues.
Le deuxième porte sur l’accès à l’information et à l’éducation, notamment à travers le renforcement des plateformes de jeunes existantes et des plateformes numériques.
Le troisième est lié à la participation citoyenne. L’UNFPA a notamment évoqué le Plan d’action national Jeunesse, paix et sécurité, avec la nécessité de dépasser son élaboration pour entrer pleinement dans sa phase de mise en œuvre.
UNICEF : donner aux jeunes les moyens de participer
L’UNICEF entend contribuer à créer les conditions permettant aux jeunes d’accéder aux opportunités, notamment grâce au renforcement des cadres de participation.
La mise en place de Conseils municipaux de jeunes constitue l’une des pistes évoquées pour créer des espaces d’expression, renforcer les capacités des jeunes et leur permettre de participer à la mise en œuvre des projets au niveau local.
L’UNICEF insiste également sur un élément déterminant : les jeunes doivent eux-mêmes maîtriser la PNJ 2025-2035. Cette appropriation est indispensable pour qu’ils puissent contribuer à sa vulgarisation, mais également participer à son évaluation à terme.
Agriculture, numérique et formation : des solutions déjà disponibles
La contribution de la FAO s’inscrit notamment dans le domaine de l’alimentation et de la production agricole. L’organisation accompagne les enseignants et les parents d’élèves et a déjà permis de renforcer les capacités de 10 000 élèves dans le domaine de la production innovante.
La promotion de l’agriculture périurbaine et urbaine auprès des jeunes constitue également une intervention qui entre en cohérence avec le deuxième pilier de la PNJ.
De son côté, l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) mise sur l’employabilité et le développement des compétences. Elle dispose de Centres d’employabilité francophone au sein des universités de Yaoundé et de Ngaoundéré, organisés autour de plusieurs pôles, notamment la préparation à l’emploi et les certifications.
À cela s’ajoutent des laboratoires de fabrication numérique et des fablabs mobiles, qui permettent d’aller à la rencontre des jeunes pour leur proposer des formations pratiques. Les clubs d’étudiants francophones bénéficient également d’un accompagnement en matière de structuration et de formation.
Une convergence se dégage ainsi clairement des différentes interventions : la formation doit déboucher sur des compétences utilisables, l’insertion professionnelle et, à terme, la création de valeur.
Financement : transformer les projets des jeunes en entreprises viables
La question du financement a occupé une place centrale dans les échanges.
La Banque mondiale accompagne le Gouvernement camerounais à travers plusieurs initiatives, notamment dans le domaine de l’éducation et de l’amélioration des curricula de formation destinés aux jeunes.
Elle soutient également un projet axé sur les résultats pour favoriser l’inclusion socioéconomique des jeunes, en collaboration avec plusieurs administrations publiques, notamment le MINJEC, le MINEPAT et le MINAS. Quelque 65 000 jeunes sont ciblés dans différentes villes du Cameroun.
L’entrepreneuriat constitue l’un des principaux points de convergence de ces interventions.
La BDEAC, pour sa part, met l’accent sur le financement des projets susceptibles de contribuer à la réduction du chômage et à l’insertion socioéconomique des jeunes. Son plan stratégique accorde une place importante aux jeunes et aux femmes, notamment à travers le financement des PME portées par ces catégories.
Son programme régional d’autonomisation des femmes, d’employabilité des jeunes et d’inclusion financière dans la zone CEMAC participe de cette dynamique.
La Banque islamique de développement entend également développer des instruments financiers innovants en faveur des jeunes porteurs de projets. Parmi les mécanismes présentés figurent le financement du secteur privé, le financement axé sur les résultats, les instruments de finance islamique ainsi que les mécanismes de financement participatif.
Deux programmes sont par ailleurs en cours autour du cofinancement, de la digitalisation et de la promotion de l’employabilité des jeunes et des femmes.
Du financement à l’impact : le véritable défi
L’un des enseignements majeurs de cette table ronde est que les solutions existent déjà, mais qu’elles doivent être mieux coordonnées, davantage connues des jeunes et orientées vers des résultats mesurables.
Il ne suffit plus de former un jeune : il faut pouvoir l’accompagner vers une activité productive.
Il ne suffit plus de créer un mécanisme de financement : il faut permettre aux jeunes d’y accéder avec des projets bancables et assurer le suivi de leurs initiatives.
Il ne suffit plus de créer des cadres de participation : il faut donner aux jeunes les moyens d’y jouer un rôle réel.
C’est précisément dans cette logique que la PNJ 2025-2035 veut jouer un rôle de fédérateur.
« Rien n’est fait pour les jeunes sans les jeunes »
Au terme des échanges, le Ministre Mounouna Foutsou s’est dit satisfait de la qualité des contributions des différentes parties prenantes.
« Je suis un médecin de famille heureux », a-t-il déclaré pour traduire son satisfecit, avant d’ajouter qu’il serait davantage satisfait si les efforts engagés aboutissaient à l’autonomisation effective de la jeunesse.
Le Ministre a invité les jeunes à se rapprocher des différents partenaires afin d’identifier les opportunités et les solutions correspondant à leurs besoins.
S’adressant particulièrement aux leaders de jeunesse présents à la rencontre, il leur a demandé de devenir des relais de la PNJ 2025-2035 et de son innovation majeure, l’Approche Jeune, auprès de leurs pairs et à travers leurs différentes plateformes.
Une conviction a ainsi résumé l’esprit des travaux : « Rien n’est fait pour les jeunes sans les jeunes. »
La table ronde du Mont Fébé aura donc surtout permis de poser les bases d’une responsabilité partagée. Gouvernement, partenaires techniques et financiers, secteur privé, société civile et organisations de jeunesse disposent désormais d’un cadre commun pour mieux articuler leurs interventions.
Le véritable enjeu pour les prochaines années sera de transformer cette convergence en résultats visibles : davantage de jeunes formés et insérés, plus d’entreprises créées et consolidées, un meilleur accès aux financements, une participation citoyenne accrue et, surtout, une jeunesse progressivement plus autonome.
C’est à cette condition que la Politique Nationale de la Jeunesse 2025-2035 pourra passer d’un cadre stratégique à une réalité concrète dans le quotidien des jeunes Camerounais.


