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Cameroun-Contestation sociale :  la plateforme TaxiGo sème la discorde aux ADC

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Partenaire des Aéroports du Cameroun (ADC), Alo Technologies est sous le feu des critiques. Chauffeurs et taximen dénoncent une arnaque technologique qui modernise l’esclavage.

 

Par Éric Martial NDJOMO E.

Les ADC présente la plateforme TaxiGo comme « la révolution du transport connecté ». Elle permettrait ainsi de « booster les retombées » de la gestion du transport des passagers dans l’emprise aéroportuaire.

Un projet controversé

Pourtant, TaxiGo, la nouvelle plateforme que porte la société Alo Technologies, partenaire des ADC, suscite une vive controverse. Derrière le discours flatteur, les syndicalistes y voient les prémices d’un « esclavagisme organisé ».

Selon les informations recueillies, tout chauffeur souhaitant continuer à exercer dans les enceintes des aéroports de Douala et Yaoundé devra s’acquitter d’une caution de 800 000 FCFA. Et comme l’entreprise exige deux chauffeurs par véhicule, la caution pour une seule voiture s’élève à 1,6 million de FCFA.

Des conditions jugées inacceptables

Les chauffeurs, regroupés au sein de l’Association des Chauffeurs de Taxis de l’Aéroport (ACTA), membre du Synctrapuircam, dénoncent des conditions particulièrement défavorables. Les chauffeurs propriétaires de véhicules (souvent des Avensis) sont contraints de les délaisser pour intégrer le parc TaxiGo.

Alo Technologies achète des véhicules de marque chinoise à 10,2 millions de FCFA mais les revend à 23,5 millions de FCFA, soit plus du double du prix d’achat. En ajoutant la caution de 800 000 FCFA, le chauffeur débourse au total 25,1 millions de FCFA sur 4 ans.

Par ailleurs, sur une course facturée 10 000 FCFA, le chauffeur ne perçoit que 2 500 FCFA. Le reste se répartit entre la banque (4 000 FCFA), l’entretien du véhicule (2 000 FCFA), la commission Alo Technologies (1 000 FCFA) et les ADC (500 FCFA).

Des syndicats remontés

« Nous avons l’impression que des gens veulent à tout prix que ce pays brûle », s’indigne Joseph Noel Biyoa, Vice-président national du Synctrapuircam et Secrétaire général adjoint de la Confédération syndicale des travailleurs du Cameroun (CSTC).

Selon lui, les ADC ont fermé leurs portes aux syndicats qui cherchaient à engager un dialogue. « C’est pour ces 900 000 FCFA annuels que les ADC veulent vendre les Camerounais comme des esclaves », dénonce-t-il.

Un calcul qui interpelle

Les syndicalistes ont fait leurs calculs : avec le système actuel des macarons, les ADC percevaient 100 000 FCFA par an et par chauffeur. Avec TaxiGo, l’entreprise Alo Technologies encaisserait 1,8 million de FCFA par an sur la tête de chaque chauffeur, tandis que les ADC récupéreraient environ 900 000 FCFA par véhicule et par an.

« Si les ADC voulaient revaloriser les montants à verser sans entacher le travail des chauffeurs et propriétaires de véhicules normalisés, la société devait simplement ré-amender les coûts. Pourquoi interdire toutes autres voitures et imposer seulement leurs véhicules dans des conditions excessives ! », fulmine le secrétaire général adjoint de la CSTC.

Des chauffeurs historiques menacés

Chauffeur à l’aéroport de Yaoundé depuis 1982, Samuel Moyo affirme ne pas être contre les ADC, mais conteste fermement TaxiGo. Il dénonce l’obligation de céder leur place au groupe ou de devenir employés pour 2 500 FCFA par course, avec un minimum de cinq rotations quotidiennes malgré une flotte réduite. Il qualifie ce système d’« esclavage pur ». Comme lui, Célestin Ndeffo, chauffeur depuis l’ouverture de Nsimalen, rembourse encore l’emprunt de son véhicule aux normes ADC.

Selon les correspondances du Synctrapuircam, les ADC et Alo Technologies réalisent 2 700 000 FCFA par chauffeur, qui ne perçoit que 1 250 FCFA par course. Les chauffeurs financent leurs déplacements, ne peuvent pas ramener le véhicule chez eux tant que leur dette n’est pas soldée, et ne sont payés qu’en fin de mois. Rien ne garantit l’état du véhicule après quatre ans.

Les correspondances dénoncent une « grave violation des droits des travailleurs » et un « esclavagisme organisé ». Les demandes d’audience sont restées sans réponse. Joseph Noel Biyoa s’alarme de la hausse des tarifs : 10 000 à 18 000 FCFA le jour, 20 000 FCFA la nuit, sans augmentation des salaires. Il appelle le gouvernement à désamorcer cette « bombe » inflationniste.

 

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