Les préoccupations et témoignages contenus dans cet article ont été recueillis sur le terrain et portés par la voix de Sa Majesté Derrick Atongueya, chef traditionnel de 3ᵉ degré du village Voundou Ngoké, auprès de ses populations de Ngoké 1, le 11 août 2026. Au cœur des échanges avec notre confrère Charles Melingui de Mbam-et-Kim Presse et Peuple, un profond malaise autour de la création de nouveaux villages dans cette partie de l’arrondissement de Mbangassina.
Selon le chef traditionnel, la situation est d’autant plus préoccupante que ce vaste territoire, convoité pour son étendue et ses terres fertiles, nourrit depuis longtemps les appétits de communautés venues d’autres localités du pays, à l’instar des Peuls, des Eton, des Yambassa et bien d’autres.
Une présence qui participe à la diversité humaine de la zone, mais qui, selon Sa Majesté Derrick Atongueya, ne devrait pas conduire à une remise en cause des droits historiques et du patrimoine des communautés autochtones.
Deux villages créés, un autre en gestation
Le malaise s’est accentué. En effet, après la récente création de deux nouveaux villages dans la localité de Talba. Un autre village, dénommé Banta, serait actuellement en cours de création.
C’est précisément ce projet qui suscite de nombreuses interrogations. La proposition de placer à sa tête un chef présenté comme issu d’une communauté allogène est mal vécue par une partie des populations et des autorités traditionnelles concernées.
« Comment crée-t-on de nouveaux villages et décide-t-on ensuite de mettre à leur tête des personnes qui ne sont pas issues des communautés autochtones ? »,

s’interroge en substance Sa Majesté Derrick Atongueya.
Pour lui, la question dépasse largement la simple désignation d’un chef. Elle touche à la préservation d’un patrimoine ancestral et à la capacité des populations autochtones à conserver leurs repères et leurs droits sur un territoire qu’elles considèrent comme leur héritage.
Le cas du village créé Ngoké Sama où règne en ce moment un responsable traditionnel qui s’est imposé face aux autochtones est encore dans les souvenirs. Des allégations qui, comme celles relatives aux conditions de sa désignation, nécessitent des clarifications des autorités et des personnes concernées.
« Nous avons des lois »
Au cours de ces échanges avec ses populations de Ngoké 1, Sa Majesté Derrick Atongueya a surtout insisté sur la nécessité du respect des lois et des procédures.
Pour le chef de 3ᵉ degré, la création d’un village ne peut être réduite à une simple décision prise sans concertation avec les différentes parties concernées. Elle engage l’histoire, le foncier, l’organisation sociale et l’autorité traditionnelle.

Qui propose la création de ces villages ? Quelles procédures sont suivies ? Les populations autochtones et leurs chefs traditionnels sont-ils consultés ? Les autorités municipales sont-elles informées ?
Autant de questions qui restent, selon lui, sans réponses satisfaisantes.
Bernard Mboene interpellé
Dans cette affaire, l’élu local et maire de Mbangassina, Bernard Mboene, est également interpellé par Sa Majesté Derrick Atongueya.
Le chef traditionnel s’interroge sur le rôle et le niveau d’information de l’exécutif communal face aux changements qui seraient en cours dans l’arrondissement. Comment expliquer que des projets de création de nouveaux villages et de la désignation des allogènes comme chef de 3e degré puissent prospérer sans réaction de la municipalité ?

« Le sous-préfet de Mbangassina peut-il prendre une décision dans ce sens sans consulter ou informer le maire ? », questionne en substance Sa Majesté Derrick Atongueya.
Plus loin, le chef traditionnel met en cause ce qu’il considère comme l’inaction de l’élu local face à une situation qu’il estime susceptible de fragiliser le patrimoine des populations autochtones. Il semble clair que derrière le silence de l’élu se cache la volonté d’intérêts politiques et électoraux produit par la multiplication des nouveaux villages.
Une situation qui appelle, naturellement, la réaction et les explications du maire Bernard Mboene ainsi que des autres autorités concernées.
Le MINAT appelé à arbitrer
Face à ce qui apparaît désormais comme un véritable malaise dans l’arrondissement de Mbangassina en général et la localité de Talba en particulier, Sa Majesté Derrick Atongueya et les populations concernées souhaitent voir les autorités compétentes se saisir de la question.
L’affaire suscite particulièrement un appel à l’arbitrage du ministre de l’Administration territoriale. Au regard de la sensibilité des questions soulevées, notamment celles liées à la création de nouveaux villages, à désignation de l’autorité traditionnelle, au foncier et à la coexistence entre communautés, une clarification du MINAT est souhaitée.
Il ne s’agit plus seulement d’une querelle autour de la création d’un nouveau village. Pour les populations autochtones, c’est la préservation d’un territoire, d’une histoire et d’une identité qui est en jeu.
Qui décide de l’avenir de Talba ?
Au fond, le dossier pose une question essentielle : dans quelles conditions de nouveaux villages peuvent-ils être créés sur un territoire traditionnel et quelle place est accordée aux communautés autochtones dans ce processus ?
La cohabitation entre les différentes communautés demeure une réalité dans l’arrondissement de Mbangassina. Mais cette cohabitation, pour être durable, ne saurait ignorer les équilibres historiques, sociaux et traditionnels.
À Talba, les interrogations sont nombreuses et le malaise est palpable. Si les procédures légales ont été respectées, les populations demandent qu’elles soient clairement expliquées. Si des irrégularités existent, elles souhaitent qu’elles soient examinées par les autorités compétentes.
C’est désormais vers le ministère de l’Administration territoriale que se tournent les regards. L’arbitrage du MINAT pourrait permettre de faire la lumière sur les conditions de création des villages concernés et d’éviter que cette question foncière et traditionnelle ne dégénère en une crise plus profonde.
Pour Sa Majesté Derrick Atongueya, chef de 3ᵉ degré du village Voundou Ngoké, le message porté par ses populations de Ngoké 1 est clair : le développement et l’accueil d’autres communautés ne doivent pas se faire au prix de l’effacement du patrimoine, de l’histoire et des droits des populations autochtones.
Donald NGANE



