À l’occasion de la 7ᵉ Journée internationale pour la protection de l’éducation contre les attaques, célébrée ce 9 septembre 2026, la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) tire la sonnette d’alarme sur les violences qui continuent de menacer enseignants et apprenants dans les zones affectées par les conflits et l’insécurité. Au moins neuf membres du personnel éducatif ont été enlevés en un an, avec des rançons cumulées dépassant 77 millions de FCFA.
L’éducation peut-elle survivre aux attaques ? La question, choisie par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) comme thème de cette 7ᵉ édition de la Journée internationale pour la protection de l’éducation contre les attaques, résonne avec une acuité particulière au Cameroun.
Dans une déclaration rendue publique ce 9 septembre 2026, la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun met en lumière les conséquences des conflits et de l’insécurité sur le système éducatif. Pour la CDHC, le thème de cette année, consacré à « La résilience des communautés humaines », souligne la capacité des populations affectées à faire face aux attaques contre l’éducation, à maintenir la continuité des apprentissages et à contribuer à la reconstruction du tissu social.
Neuf membres du personnel éducatif enlevés en un an
Derrière cette résilience se cache toutefois une réalité préoccupante. La Commission dénonce la persistance d’une véritable « économie de la terreur », qui affecte directement le personnel éducatif.
Entre le 10 septembre 2025 et le 8 septembre 2026, au moins quatre épisodes d’enlèvements ont été recensés. Ces attaques ont concerné neuf membres du personnel éducatif et ont été accompagnées de demandes de rançon dont le montant cumulé dépasse 77 millions de francs CFA.
Ces chiffres illustrent la vulnérabilité persistante des enseignants et autres personnels éducatifs dans les zones confrontées aux violences armées. Au-delà des victimes directes, ces actes compromettent le fonctionnement normal des établissements scolaires et fragilisent davantage des communautés déjà confrontées aux conséquences économiques et sociales des conflits.
Pour la Commission, la protection de l’éducation ne saurait donc être dissociée de la lutte contre les violences armées et des efforts de stabilisation des territoires concernés.
Le CNDDR appelé à intensifier son action
Face à cette situation, la CDHC recommande spécifiquement au Comité national de désarmement, de démobilisation et de réintégration (CNDDR) de renforcer ses actions d’information, de sensibilisation et d’accompagnement auprès des membres des groupes armés disposés à renoncer à la violence.
L’objectif est d’accélérer le dépôt volontaire des armes, la démobilisation ainsi que la réintégration sociale et économique des ex-combattants. La Commission préconise une action menée en coordination avec les administrations compétentes, tout en respectant les exigences de sécurité et de justice.
Cette recommandation traduit une approche qui lie directement la protection des établissements scolaires à la recherche de solutions durables aux crises sécuritaires. Pour la CDHC, la démobilisation et la réinsertion constituent en effet des leviers essentiels pour réduire les violences qui perturbent la vie des communautés et empêchent le retour à une activité éducative normale.
Un appel direct aux groupes armés
La Commission adresse également un message sans ambiguïté aux membres des groupes terroristes sécessionnistes ainsi qu’à ceux de Boko Haram.
Elle leur demande de « droitscontre les enseignants, les apprenants et les Forces de défense et de sécurité.
Cette cessation des violences est présentée comme une condition indispensable à la reconstruction et au développement économique des localités affectées.
La CDHC les invite par ailleurs à déposer leurs armes sans délai et à rejoindre les centres du CNDDR afin de bénéficier des programmes de resocialisation, de formation professionnelle et de réinsertion économique mis en œuvre par l’État.
Préserver l’école pour reconstruire la société
À travers cette déclaration, la CDHC rappelle que les attaques contre l’éducation produisent des conséquences qui dépassent largement le cadre scolaire. Lorsqu’un enseignant est enlevé, lorsqu’un élève ne peut plus se rendre à l’école ou lorsqu’un établissement devient une cible, c’est tout le tissu social qui est fragilisé.
La continuité des apprentissages apparaît ainsi comme un enjeu majeur de résilience communautaire. Maintenir les enfants à l’école malgré les crises permet non seulement de préserver leur droit à l’éducation, mais également de maintenir un espace de cohésion, de socialisation et d’espoir pour les communautés touchées.
Le message porté par la Commission à l’occasion de cette journée internationale est donc clair : protéger l’école, c’est aussi protéger l’avenir des communautés affectées par les conflits.
Alors que le Cameroun continue de faire face à des foyers d’insécurité dans certaines régions, la CDHC appelle à une mobilisation accrue des acteurs publics, des communautés et des partenaires concernés afin que les violences ne compromettent davantage le droit fondamental des enfants et des personnels éducatifs à apprendre et à t ravailler en sécurité.


