Le gouvernement camerounais entend mobiliser les investissements publics et privés pour développer huit chaînes de valeur agroalimentaires, réduire de 30 % les importations des filières ciblées et renforcer la sécurité alimentaire à l’horizon 2030. Le pacte, qui couvre la période 2026-2030, ambitionne également de favoriser la création d’emplois et l’émergence de champions nationaux.
Le Cameroun engage une nouvelle étape dans sa stratégie de transformation agricole. À travers le Pacte Agri-Connect, le gouvernement entend accélérer la modernisation du secteur agroalimentaire, améliorer les capacités de production nationale et réduire la dépendance du pays aux importations alimentaires. Cette initiative, qui s’inscrit dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), repose sur un besoin de financement évalué à 1 119,9 milliards de FCFA, destiné à soutenir des investissements structurants sur la période 2026-2030.
Un financement de plus de 1 100 milliards de FCFA à mobiliser
Le financement constitue l’un des principaux enjeux du Pacte Agri-Connect. Selon les chiffres présentés lors de son lancement, les besoins financiers identifiés s’élèvent à 1 119,9 milliards de FCFA. La contribution prévisionnelle de l’État est estimée à 201,6 milliards de FCFA, tandis que la mobilisation des partenaires techniques et financiers et du secteur privé doit permettre de couvrir les besoins complémentaires.
Le document de financement fait également état de 583 millions de dollars d’engagements actifs des partenaires de développement, tandis que les ressources restant à mobiliser sont évaluées à environ 1,425 milliard de dollars, selon les catégories de financement présentées. Ces données font l’objet d’un suivi et d’une actualisation annuelle par le comité directeur du pacte, au fur et à mesure de l’évaluation des interventions et de la mobilisation des ressources.
Pour concrétiser cette ambition, le gouvernement entend privilégier le cofinancement des investissements, les partenariats public-privé et l’assistance technique. L’objectif est de créer un environnement propice à l’investissement productif, tout en facilitant l’accès des exploitants agricoles aux équipements, aux intrants et aux mécanismes de financement adaptés.
Huit chaînes de valeur au cœur de la stratégie
Le Pacte Agri-Connect cible huit chaînes de valeur considérées comme stratégiques pour l’économie nationale : le riz, le lait, l’huile de palme, le cacao, le soja, le manioc, le maïs ainsi que l’aquaculture et la pêche.
Le choix de ces filières répond à un double impératif : satisfaire une part croissante de la demande intérieure grâce à la production locale et réduire la facture des importations alimentaires. Le pacte entend ainsi prolonger les efforts engagés dans le cadre du plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique, en cohérence avec les orientations gouvernementales relatives à la lutte contre la vie chère, à l’amélioration de la balance commerciale et à la promotion des produits « Made in Cameroon ».
Selon les éléments présentés lors de la cérémonie, les importations alimentaires pèsent lourdement sur les échanges extérieurs du pays. Les filières du riz, du maïs, du blé, de l’huile de palme, du poisson et du lait figurent notamment parmi celles qui contribuent à cette dépendance.
Au-delà de l’augmentation des volumes produits, le pacte ambitionne de développer toute la chaîne agroalimentaire : transformation, conditionnement, stockage, transport et commercialisation. Cette approche doit permettre de mieux valoriser la production des exploitants, de créer des emplois plus rémunérateurs et de renforcer la présence des produits camerounais sur les marchés nationaux, régionaux et africains.
Des objectifs de production à l’horizon 2030
Le Pacte Agri-Connect prévoit une montée en puissance des capacités nationales dans plusieurs filières prioritaires. Les objectifs de production présentés lors du lancement comprennent notamment une production de riz de 55 %, un taux de couverture de 60 % de la demande nationale en lait, ainsi que le développement des productions de soja, d’huile de palme et des produits halieutiques.
Les données communiquées font également référence à des objectifs de plusieurs millions de tonnes pour certaines productions végétales, à environ 500 000 tonnes pour l’huile de palme et à un volume cible de 450 000 tonnes pour les produits halieutiques. Ces indicateurs traduisent la volonté de réduire progressivement les déficits d’approvisionnement et de mieux satisfaire la demande nationale.
La réalisation de ces ambitions dépendra toutefois de la capacité à améliorer les rendements, à sécuriser les approvisionnements en intrants, à développer les infrastructures de conservation et à renforcer les circuits de commercialisation.
Le foncier, la formation et le financement comme leviers
Pour lever les obstacles qui freinent la productivité agricole, le pacte prévoit plusieurs mesures structurantes. Sur le plan foncier, l’ambition affichée est de faciliter l’accès à la terre et de délivrer 500 000 titres fonciers au bénéfice des exploitants, dans le cadre des objectifs annoncés pour la période de référence.
La modernisation de la formation agricole figure également parmi les priorités. Il s’agit d’adapter les compétences aux nouveaux métiers de l’agroalimentaire, de renforcer l’entrepreneuriat rural et de favoriser l’insertion professionnelle des jeunes.
La digitalisation constitue un autre axe d’intervention. Le développement du Registre national des producteurs, des systèmes de bons électroniques pour l’accès aux intrants et des mécanismes d’information sur les marchés doit contribuer à améliorer le suivi des exploitations et l’accès aux services agricoles.
Le gouvernement prévoit par ailleurs de renforcer les mécanismes de garantie agricole, avec une capacité cible de 25 milliards de FCFA et au moins 10 milliards de FCFA de crédits garantis. Le développement des infrastructures de mécanisation, de l’irrigation, des périmètres hydro-agricoles et des centres de services décentralisés doit également faciliter le travail des producteurs.
À ces mesures s’ajoutent le développement de fermes semencières modernes, la construction de laboratoires, l’amélioration de la fertilité des sols et l’accélération de la recherche agricole. L’enjeu est de renforcer durablement les capacités de production et la résilience des exploitations.
L’élevage et l’aquaculture également concernés
Le Pacte Agri-Connect accorde une place importante au sous-secteur de l’élevage, des pêches et des industries animales, dont la contribution demeure déterminante pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle.
Lors de la cérémonie, le ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales, le Dr Taïga, a insisté sur la nécessité d’accroître la production nationale de protéines animales et de renforcer la transformation locale. Malgré les atouts naturels du Cameroun, la couverture des besoins en viande, en lait, en poisson et en autres produits animaux reste un défi.
Dans la filière avicole, les efforts envisagés portent notamment sur le développement de fermes de production de poulets de chair, l’amélioration de l’habitat, de la génétique et de l’alimentation animale, ainsi que le renforcement des services connexes et des capacités de transformation.
Pour l’aquaculture, les priorités concernent l’aménagement des étangs, la création de fermes professionnelles, l’accès à des alevins de qualité et le développement des infrastructures de conservation et de commercialisation. L’insertion des jeunes et la participation accrue du secteur privé sont également attendues.
Le membre du gouvernement a , à cet effet, appelé les éleveurs à s’approprier cette initiative et souligné l’importance d’une mobilisation conjointe des pouvoirs publics, des investisseurs privés et des organisations professionnelles.
Vers l’émergence de champions nationaux
Pour le gouvernement, le Pacte Agri-Connect ne constitue pas une nouvelle politique sectorielle appelée à remplacer les dispositifs existants. Il vise plutôt à accélérer leur mise en œuvre, à renforcer leur cohérence et à faciliter la mobilisation des financements nécessaires.
S’exprimant au nom du ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, le ministre délégué auprès du Minepat, Paul Tazong, a rappelé que l’agriculture demeure un secteur stratégique pour la transformation structurelle de l’économie camerounaise.
Le secteur représente environ 7 % du produit intérieur brut et occupe près de 42 % de la population, selon les données citées dans le discours. Le pays dispose par ailleurs d’un potentiel foncier important, avec environ 7,2 millions d’hectares de terres arables et 2 millions d’hectares de pâturages, dont une partie reste sous-exploitée.
Dans cette perspective, le pacte doit contribuer à la réduction de la pauvreté rurale, à la création d’emplois décents et à la diminution de la dépendance extérieure. Il s’inscrit également dans les ambitions de la SND30, qui fait de la transformation productive et du développement du capital humain des axes majeurs de la politique économique nationale.
La réussite de cette initiative dépendra cependant de la concrétisation des engagements financiers, de l’efficacité de la coordination entre les acteurs et de la capacité à transformer les investissements en résultats mesurables pour les producteurs.
À l’horizon 2030, le défi sera donc de faire du Pacte Agri-Connect un véritable accélérateur de la production locale, de la transformation agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire du Cameroun.



