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Cameroun : un sous-sol riche mais une industrialisation en panne, alertent des experts africains et européens

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Alors que le Cameroun regorge de ressources minérales stratégiques, leur exploitation reste marginale et mal structurée, freinant le développement économique du pays. C’est le constat amer dressé par une coalition d’organisations africaines et européennes, à l’issue d’une mission d’évaluation du secteur extractif camerounais conduite à Yaoundé dont les travaux se sont achevés le 4 juillet 2025.

Le Centre Africain de Développement des Minéraux (AMDC), en collaboration avec l’Union Africaine, Global Gateway et l’Union Européenne, a tiré la sonnette d’alarme : malgré un potentiel minier exceptionnel notamment en bauxite, fer, cobalt, nickel, or, rutile et terres rares le Cameroun n’a toujours pas enclenché sa transition vers une industrialisation durable par le levier des ressources naturelles.

Une richesse dormante

Le rapport indique que les activités minières ne contribuent qu’à 0,63 % du PIB et à moins de 0,2 % du budget national. À titre comparatif, dans des pays aux profils géologiques similaires, les revenus miniers représentent parfois plus de 10 % du budget national. L’essentiel de la production repose sur l’exploitation artisanale et à petite échelle (ASM), qui concentre 95 % des activités minières, souvent dans l’informalité, avec peu ou pas d’impact structurant sur les économies locales.

Malgré la délivrance de 122 permis d’exploitation industrielle, la production reste timide. Plus de 1 000 sites artisanaux sont recensés à travers le pays, souvent en dehors de tout cadre légal ou fiscal, ce qui rend difficile la mobilisation de recettes pour l’État.

Des réformes indispensables pour passer de la mine à l’usine

Les partenaires techniques et financiers ont formulé un ensemble de recommandations stratégiques pour inverser la tendance. Parmi les mesures phares proposées :

Standardiser les contrats miniers en adoptant une convention minière-type, gage de transparence et d’équité dans l’attribution des permis ;

Rendre les données géologiques accessibles et fiables, afin d’attirer les investisseurs et planifier le développement ;

Mettre en place un fonds souverain minier pour gérer durablement les revenus issus du sous-sol ;

Encadrer les activités artisanales, en créant des zones minières dédiées et en fournissant un accompagnement technique, financier et juridique, notamment pour les jeunes et les femmes.

Les experts recommandent aussi la création de pôles industriels miniers axés sur la transformation locale des ressources comme la bauxite, le cobalt ou l’or, en lien avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF).

Gouvernance, fiscalité et environnement : les maillons faibles

Le rapport pointe également de graves faiblesses en matière de fiscalité minière, avec une redevance sur l’or estimée à 25 % seulement et une absence d’harmonisation entre les régies financières. Il appelle à une meilleure coordination entre la Direction Générale des Impôts et celle des Douanes, ainsi qu’au renforcement des mécanismes d’audit.

Sur le plan environnemental, les experts dénoncent l’absence quasi-systématique de plans de réhabilitation des sites miniers et de garanties de fermeture, ce qui accroît la vulnérabilité des communautés locales. Ils recommandent que ces exigences deviennent obligatoires pour tous les titulaires de permis, afin d’améliorer la résilience sociale et écologique autour des projets miniers.

Le Cameroun à la croisée des chemins

En somme, le Cameroun ne répond pas encore aux normes de la Vision Minière Africaine, qui préconise une exploitation responsable, inclusive et intégrée des ressources minérales. Les retards enregistrés dans la mise en œuvre du Cadre africain de développement minier limitent l’intégration du pays aux chaînes de valeur régionales et au commerce intra-africain.

Pour les partenaires du développement, l’heure n’est plus aux constats mais à l’action. Le Cameroun doit impérativement passer du stade d’économie rentière informelle à celui de nation industrielle ancrée dans ses ressources stratégiques. La réforme du secteur minier n’est plus une option : c’est une condition sine qua non pour atteindre l’émergence.

 

Martin Donald Ngane

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